‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 55 sur 67 · OU LA RENAISSANCE DES ARTS · texte numérisé non relu

OU LA RENAISSANCE DES ARTS

Tous les arts ont brillé d'un rayon de sa gloire.

( FONTAJÏKS. )

C'en est fait : le luxe domine

Et sur Rome et sur l'univers :

Au sein de sa grandeur rencontrant sa ruine , Rome tombe ; et le monde est vengé de ses fers.

Voyez ces hordes homicides ,

Ces monstres , de carnage avides ,

Que vomit de son sein tout le Nord débordé : Pareils à ces torrents , sombres fils de l'orage ,

Ils portent partout le ravage ,

Et l'Occident est inondé.

Rome ! que de fléaux s'unissent

Pour t'accabler de toutes parts !

Dans des fleuves de sang les nations périssent , Et la flamme a déjà dévoré tes remparts :

Là, sont des colonnes brisées,

Ici , des voûtes écrasées , Là , les débris fumants des temples immortels ; Et tous leurs Dieux, perdus sous ces vastes décombres ,

Dans le silence et dans les ombres ,

Gisant aux pieds de leurs autels.

La ronce, de ses bras stériles, Entoure les hauts monuments ; Et les flancs de la Terre, autrefois si fertiles , N'étalent pour moisson que d'affreux ossements. Abaissée au niveau de l'herlie , Rome au front allier et superbe

Pleure sur ses palais que la mousse a couverts ;

Le Tibre en a frémi sur son urne attristée , Et son onde erre épouvantée Au sein de ces nouveaux déserts.

Pleurant le sort qui les sépare,

Alors la Peinture et sa sœur S'efforcent d'arracher aux fureurs du barbare Leurs trésors mutilés par le glaive oppresseur :

L'une, de ses toiles vivantes

Sauvant les ruines savantes , Au travers de la flamme emporte ces lambeaux ; Et l'autre , dérobant des débris de statues ,

Par un bras impie abattues ,

Les dépose au fond des tombeaux.

Ainsi, dans une nuit profonde, .

S'éclipsa l'astre des Beaux-Arts ; Les Goths , en s'arrachant les dépouilles du monde S'égorgèrent longtemps sur ses débris épars.

La Cruauté, sur l'Ignorance,

Fonda son horrible puissance ;

Le globe fut couvert de dix siècles de deuil; La vieille Rome , enfin de ses excès punie ,

Vit tous ses Arts et son Génie

Éteints dans la nuit du cercueil.

Mais, ouvrant le rideau des Ages, Michel-Ange accourt , plein d'ardeur,

Vers ces vieux monuments , théâtre de ravages ,

Où les Siècles et Rome ont mêlé leur grandeur. Il parle : à sa voix , le Génie , Honteux de son ignominie ,

D'un sommeil de mille ans secoua le fardeau ;

Et soudain , s 'agitant sous les marbres antiques Et sous les débris des portiques, Les Arts s'élancent du tombeau.

0 Rome ! sors de tes ruines,

Grande ombre ! renais à sa voix :

Fais revivre à jamais l'orgueil des Sept Collines, Sois la Reine du monde une seconde fois.

Michel-Ange a dit : Tout respire ;

L'airain , le marbre , le porphyre

En colonne soudain s'élancent dans les airs ;

Tels que, charmés jadis par la lyre thébaine, Les rocs , sur les remparts d'Alcmène, Montaient dans leurs ordres divers.

Rival de Scopas et d'Apelle,

Tu surpassas tous leurs progrès , Toi , dont l'art , héritier de leur gloire immortelle , A de Vitruve encor connu tous les secrets.

Sous ta touche ardente, enflammée,

Ici , la toile est animée , Et la matière emprunte une âme à ton pinceau ; Là , pour peupler les arcs et les brillants portiques

De ces bâtiments magnifiques ,

Les Dieux naissent de ton ciseau.

Quel est ce temple au dôme immense , Ce temple où tous les arts rivaux, Unis pour décorer sa pompeuse ordonnance , Épuisaient sous tes yeux leurs magiques travaux . De Rome antique , altière idole , Tombe , ô fastueux Capitole !

Cède à la majesté de ce lieu solennel.

Faux Dieux ! renversez-vous. Voici le sanctuaire

Où , dans sa grandeur solitaire ,

Réside à jamais l'Éternel.

C'est ainsi que par ce grand homme

Les Talents furent ranimés ; Il fit luire à la fois, sur la moderne Rome, Les trois flambeaux des Arts par ses mains rallumés

C'est par ses soins que l'Italie ,

De ses chefs-d'œuvre enorgueillie , De l'univers encore a conquis les regards ; Et par lui cette terre illustre et fortunée ,

Aux grands triomphes destinée ,

Fut deux fois la mère des Arts.

0 toi ! que la gloire environne

De ses feux les plus éclatants, Toi , que les Arts ont ceint d'une triple couronne Que ne pourront flétrir les outrages du Temps ;

Vois , vois ta patrie éplorée

Payer à ton ombre sacrée

L'honorable tribut de son long souvenir (1) ; Souris du haut des cieux à ses justes hommages ;

Et , planant par delà les âges ,

Embrasse tout ton avenir !

(1) Allusion à la fête que l'on célèbre tous les ans à Florence en l'honneur de Michel- Ange.

Page 1