‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 57 sur 67 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

Dm kérM, dont sa voix enorgueillit la cendre, Lm iii"ni.'5 ruimél M lèvent pour l'entendre.

( FOUTAfTES. )

Ainsi, quand , défenseur d'Athène,

Au plus redoutable des Rois, Jadis l'impétueux et libre Démosthène Lançait, brûlant d'éclairs, les foudres de sa voix

Ou quand, par l'art et la vengeance,

Armé d'une double puissance, Il réclamait le prix de la couronne d'or, Kt pressant son rival du poids de son génie ,

Sous son éloquence infinie , L'accablait, plus terrible encor :

Bouillant de verve et de pensée ,

Et fort de ses expressions, L'orateur, sur la foule , autour de lui pressée , Promenait à son gré toutes les passions.

A la Grèce entière assemblée ,

Muette , et ravie et troublée , De sa foudre il faisait sentir les traits vainqueurs ; Et de l'art agrandi redoublant les miracles ,

Tonnait, renversait les obstacles,

Et triomphait de tous les cœurs.

Tel , et plus éloquent encore* ,

Bossuet parut parmi nous , Quand , s'annonçant au nom du grand Dieu qu'il adore, De sa parole aux Rois il fit sentir les coups.

Dès qu'à la tribune sacrée,

De ses vieux défauts -épurée , Il monte étincelant de génie et d'ardeur ; Des grands talents soudain la palme ceint sa tête ,

Et l'art dont il fait sa conquête

Luit d'une plus vive splendeur.

Toujours sublime et magnifique,

Soit que , plein de nobles douleurs , Il nous montre un abîme où fut un trône antique , Et d'une grande reine étale les malheurs ;

Soit lorsque , entr'ouvrant le Ciel même ,

II peint le Monarque suprême Courbant tous les États sous d'immuables lois ; Et de sa main terrible ébranlant les couronnes ,

Secouant et brisant les trônes ,

Et donnant des leçons aux rois !

Mais de quelle mélancolie

Il frappe et saisit tous les cœurs, Lorsque attristant notre âme et sombre et recueillie , Au cercueil d'Henriette il convoque nos pleurs !

Et comme il peint cette princesse ,

Riche de grâce et de jeunesse , Tout à coup arrêtée au sein du plus beau sort ; Et des sommets riants d'une gloire croissante ,

Et d'une santé florissante,

Tombant dans les bras de la Mort !

Voyez, à ce coup de tonnerre (1) , Comme il méprise nos grandeurs ,

(t) Eipreition même de Boisuet.

De ce qu'on crut pompeux sur notre triste terre Comme il voit en pitié les trompeuses splendeurs !

Du plus haut des cieux élancée

Sa vaste et sublime pensée Redescend , et s'assied sur les bords d'un cercueil ; Et là , dans la muette et commune poussière ,

D'une voix redou{able et fière ,

Des Rois il terrasse l'orgueil.

Castillan ! si fier de tes armes ,

Quoi ! tu fuis aux champs de Rocroi ?

Ton intrépide cœur, étranger aux alarmes ,

Vient donc aussi d'apprendre à connaître l'effroi ! Quel précoce amant de la Gloire , Dans ses yeux portant la Victoire ,

Rompt tes vieux bataillons jusqu'alors si vaillants;

Et de tant de soldats , en ce combat funeste , Laisse à peine échapper un reste Qu'il promet aux plaines de Lens (1)?

C'est Condé , qui , dans la carrière ,

Entre pour la première fois ; C'est lui dont Bossuet peint la fougue guerrière, Couronnée à vingt ans par les plus hauts exploits.

(1) Oraison funèbre du Grand Condé.

Oh ! comme l'orateur s'enflamme !

Du jeune Enghien à la grande âme Comme il suit tous les pas , de carnage fumants ! Ce n'est plus un tableau , c'est la bataille même ,

Bossuet! dont ton art suprême

Reproduit tous les mouvements.

Comme une Aigle aux ailes immenses ,

Agile habitante des cieux, Franchit , en un instant , les plus vastes distances , Parcourt tout de son vol et voit tout de ses yeux ;

Tel , à son gré changeant de place ,

Bossuet à notre œil retrace Sparte , Athènes , Memphis aux destins éclatants ; Tel il passe , escorté de leurs grandes images ,

Avec la majesté des Ages

Et la rapidité du Temps (1).

Oui ; s'il parut jamais sublime,

C'est lorsque armé de son flambeau , Interprète inspiré des siècles qu'il ranime , !>•- Ktats écroulés il sonde le tombeau.

C'est lorsqu'on sa douleur profonde ,

Pour fermer le convoi du monde ,

(1j D wUc.,1* p.irt., intitulée La Ew/;,

11 scelle le cercueil de l'Empire romain ;

Et qu'il élève alors ses accents prophétiques A travers les débris antiques Et la poudre du genre humain !

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