‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. précédée d'une noticeChapitre 59 sur 67 · LE GÉNIE DE BUFFON · texte numérisé non relu

LE GÉNIE DE BUFFON

Majestati naturœ par inrjenium.

Lorsque Platon, quittant sa dépouille mortelle , Se déroba jadis à ces terrestres lieux ; Et pénétrant l'azur delà voûte éternelle, Vint s'asseoir, triomphant, à la table des Dieux;

D'amis une troupe fidèle ,

Qui, pour prix de son noble zèle , Du grand homme souvent partagea les secrets, Fit entendre au sommet de ce haut promontoire (l),

(1 Le cap de Siiiiium-

Tout plein d'un souvenir de gloire, Et ses hymnes et ses regrets.

Buffon n'est plus. Voilà par quels pieux hommages, Muse ! il faut honorer son génie et son nom : C'est sur ces monts ardents dont il marqua les âges, Qu'il convient de louer notre immortel Buffon.

C'est sur leurs pics incendiaires (1)

Que nos éloges funéraires ,

Pourront de son génie égaler la grandeur ; Et c'est là que ma voix , par lui-même inspirée,

Veut, sur ma lyre consacrée,

Chanter cet hymne eu son honneur.

« Salut, Platon moderne! ô toi dont le génie '<■ Traça si fièrement tant d'immortels tableaux ! « De quels traits vigoureux et brillants d'harmonie ■ Tu peignis ces volcans aux mille soupiraux !

« Fléau de la belle Italie,

« Le Vésuve à l'Etna s'allie, « Et porte la terreur dans Naples désolé : « L'épouvantable Hécla, sous la glace et la neige,

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« Dont l'éternel fardeau l'assiège, « De sa foudre ébranle Thulé.

« Décrirai-je avec toi la famille brûlante « De tous ces fiers volcans jetés au bord des eaux ; « Ceux dont la bouche, au loin d'éclairs étincelante, «< Embrase de Java les bruyants arsenaux ;

« Et ceux des ardentes Açores,

« Qui , battus des ondes sonores, « Lancent leurs feux tonnants du sein des flots amers « Géants, dont la fureur, en cent lieux allumée,

« D'une longue zone enflammée

« Embrasse et le globe et les mers ? »

Mais Vesper, par degrés , a déployé ses voiles ; Le Ciel ouvre à mes yeux sa vaste profondeur, Et, sur le front du soir, allumant les étoiles , Fait de mille astres d'or rayonner la splendeur.

Au sein de cette ombre opulente,

Des nuits la robe.étincelante Fait flotter, dans ses plis , leurs orbes radieux : A l'aspect enflammé de l'Empyrée immense ,

Mon hymne sacré recommence,

Et je dis au peintre des cieux :

tfTI'DES POÉTIQUES. 373

« Salut, divin Buffon ! noble fils d'Uranie !

« Accepte mon hommage, ô moderne Platon,

« Toi, dont le poétique et sublime génie

« Sut prêter tant d'éclat au compas de Newton (1)!

« Des globes marquant les distances,

« Tu fis entrer dans tes balances « La terre, et le soleil , et les célestes corps ; « Et ta main , combinant deux puissances contraires ,

« Fixa l'équilibre des sphères

« Et régla leurs vastes accords.

« La Comète elle-même, ardente et déréglée,

« Qui se livre , en fuyant , aux plus lointains écarts ,

« Ne peut te dérober sa tête échevelée ;

« Docile, elle obéit à tes perçants regards.

« Dans les longs déserts de l'espace,

« Ton hardi cristal suit la trace « De ces grands corps, perdus jusques au fond descieux; « Et ramenés , par toi , près de l'Astre de flamme ,

« Dont le sceptre ardent les réclame ,

« Ils se parent de nouveaux feux.

t «■ Mais c'est peu qu'en son vol ton audace féconde , « Immense, ait embrassé l'immeusitr et» <im\ :

'i Première vue $ur la Saturr.

« Ton génie a marqué les époques du monde, « Et le berceau du globe apparaît à les yeux (1).

« Du passé devinant les fastes ,

« Et dissipant leurs ombres vastes , « Tu sus fixer, pour nous , ces âges inconstants ; « Et tes savantes mains , noblement téméraires ,

« Posent sept pierres numéraires

« Sur la route immense du Temps. »

Bientôt, dans des tableaux qu'un nœud hardi rassemble, Sous des crayons plus vrais, sans être moins savants, De la création développant l'ensemble, Buffon livre à nos yeux tous les êtres vivants.

Tributaire de son génie ,

Leur foule , à sa voie réunie , En groupes indomptés bondît dans les déserts ; Ou fend l'air azuré de ses essaims rapides ,

Ou, de ses légions humides,

Va peupler le gouffre des mers.

De l'Homme magnifique et durable conquête , Le Cheval , avant tous , vient frapper mes regards : Oh ! qu'il est noble et beau , quand sa superbe tète Fait ondoyer les flots de ses longs crins épars !

(1) Voyez le* Époques de la Nature.

Helliqueux , ardent , intrépide ,

Et fier de la main qui le guide , Il brille, il étincelle aux tournois, aux combats; Mais hardi , courageux , et non pas téméraire ,

Au gré du frein qui le modère,

Il presse ou ralentit ses pas.

Là , pour éterniser les richesses du monde , Le Taureau s'offre au joug qu'il porte en haletant ; Tandis qu'au sein des prés la Génisse féconde Prodigue ce lait pur que la chaumière attend.

Ici , dans l'ardeur qui l'anime ,

Le Chien, lancé sur sa victime , Tantôt presse le Cerf qui fuit au fond des bois; Et tantôt moins ardent , mais toujours plein de zèle .

Active et prompte sentinelle,

La nuit , veille autour de nos toits.

Tout à coup, de l'Arabe interrogeant la trace, Sur l'Océan de sable , où l'œil plonge et se perd , Le grand Peintre, emporté par sa nouvelle audace, Me montre le Chameau, navire du désert.

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