‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 101 sur 164 · Livre CLUATRIESME · texte numérisé non relu

Livre CLUATRIESME

Ayt fait meurdrir leur oncle maternel , Dessus son fils Sigismond de Bourgongne, Dételle mort vengeront lavergongne.

Les rois unis et leurs camps compagiTons Donnant bataille ensemble aux Bourguignons, Les meurdriront d'une mort très-amère, Gratifians aux larmes de leur mère , Qui souspiroit de ne point voir vengé Le corps royal de son père outragé.

« Ce Childebert et Clotaire , grands princes Pour augmenter les bords de leurs provinces, Rompant après la nature et la loy, (Entre les rois ne dure point la foy, Tant le désir de régner leur commande}, Frères germains, suivis d'une grand'bande D'hommes armez , partiaux et meschans.

Voudront, helas ! de leurs glaives trenchans S'entre-tuer, et rougir les batailles Du sang tiré de leurs propres entrailles; Mais sur le poinct qu'ils voudront s'assaillir, V'oicy du jour la lumière faillir ; Neiges et vents et tourbillons et gresle Du ciel crevé tomberont pesle-mesle, Entre-semez de foudres et d'esclairs ; Hommes, chevaux, morions et bouclairs Seront frappez d'un orageux tonnerre.

Un tel miracle appaisera la guerre De ces germains ; le bon Dieu l'a permis. Puis de haineux devenus bons amis.

Frères de sang et de cœur, sans rancune Ramasseront leurs puissances en une, Fiers aux combats , invaincus chevaliers; Puis, en poussant milliers dessus milliers D'hommes armez, par hautes destinées, Iront gaigner les cymes Pyrénées, Princes hardis, mespriseurs de travaux.

Les monts d'Espagne au bruit de leurs chevaux Retentiront, et, couverts de gens d'armes,

2^4 La Franciade.

Les champs luiront sous la splendeur des armes 'a).

Lors Almaric (i), roy des Gots, qui tiendra Sous luy l'Espagne, araant les assaudra (Nouveau fuzil de l'ancienne noise), Mais pour néant; car la vertu françoise, De pieds, de mains et de teste poussant, Ira des Gots la force renversant (/>).

Leur roy, voyant sa puissance coupée Du fer gaulois, sçaura que vaut l'espée De Childebert, qui, luy perçant la peau, Costes et cœur, ira jusqu'au pommeau.

D'une grand' playe en la poitrine ouverte Avec le sang fuira l'ame déserte Du corps gothicq , et , franche de ses os, Ira chercher là bas autre repos (c).

[Ces frères rois, ains frayeur des campagnes, Ardront, perdront, pilleront les Espagnes, Mettant à sac et peuples et seigneurs.

Lors, tout enflez de butins et d'honneurs]. Et d'une gloire aux François éternelle Viendront revoir leur terre paternelle ; Puis sans enfans, des hommes le confort,

a. Var. :

Retentiront, et le cours des rivières Sera humé de leurs troupes guerrières.

Se bandant toute et de veines et d'os, Fera broncher sur la poudre les Gots.

c. Var. :

Du corps gothic, qui, grinçant, maudira Dequo-j si tost son printemps s'en ira.

1. La première édition porte Almaric, les suivantes mettent Alaric. C'est Amalaric, roi des Wisigoths.

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