‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 102 sur 164 · Livre quatriesme · texte numérisé non relu

Livre quatriesme

Comme tous rois sçauront que peut la mort.

— [Quel est cest autre, ehonté de sa face ?

— C'est Aribert, deshonneur de ta race, Le nourrisson de toute volupté ,

Qui pour ton fils ne doit estre conté.] L'autre d'après, qui, tout morne, se fasche , Qui tient sa gorge et qui , marchant, remasche Mainte menace et rêve tout à soy, C'est Childeric, indigne d'estre roy; Mange-sujet, tout rouillé d'avarice, Cruel tyran , serviteur de tout vice , Lequel d'imposts son peuple destruira, Ses citoyens en exil bannira.

Affamé d'or, et par armes contraires Voudra ravir la terre de ses frères, N'aimant personne et de personne aimé; Qui de putains un serrail diffamé Fera mener en quelque part qu'il aille, .Soit temps de paix ou soit temps de bataille; En voluptez consommera le jour , Et n'aura Dieu que le ventre et l'amour. [Du peuple sien n'entendra les complaintes; Toutes vertus, toutes coustumes saintes Des vieux Gaulois fuiront devant ce roy, Grand ennemy des pasteurs de sa loy {a).]

« Les escoiiers n'auront les bénéfices, Les gens de bien ny honneurs ny offices; Tout se fera par flateurs eshontez, Et les vertus seront les voluptez.

[Jamais d'en haut la puissance céleste Ne monstra tant son ire manifeste,

a. Var. (éd. posthumes) :

Tel prince semble au pourceau qui se veautre En un bourbier : un plaisir tire l'autre. Déjà le ciel par signes le preschoit Que d'un tel roy la vie le faschoit.

2^y6 La Franciade.

Et jamais Dieu, le grand père de tous, Ne monstra tant aux hommes son courroux. Signes de sang, de meurtres et de guerre, De tous costez un tremblement de terre. Horrible peur des hommes agitez.

De fond en comble abattra les citez,]

ce Jamais les feux la terre ne crevèrent En plus de lieux; jamais ne s'eslevèrent Plus longs cheveux de comètes aux cieux; [Jamais le vent, esprit audacieux {a), En fracassant et forests et montagnes , Ne fist tel bruict balayant les campagnes. Les pains coupez de sang se rougiront, En plein hyver les arbres fleuriront,] Et toutesfois , pour ces menaces hautes, Ce meschant roy n'amendera ses fautes ; Mais tout superbe, en vices endurci.

Contre le ciel élevant le sourci , (0 cœur brûlé d'infâme paillardise!) Estoufera, contre sa foy promise, En honnissant le sainct lict nuptial, Sa propre espouse, espoux très-desloyal.

t'. Ny lict, ny foy, ny la nuict amoureuse Ne défendront Galsonde malheureuse Qu'en luy pressant le gosier de sa main Ne la suffoque, homicide inhumain !

Acte d'un Scythe, et non d'un roy de France, Lequel devoit s'opposer en defence Pour la sauver, et luy-mesmes s'offrir Plustost cent fois à la mort que souffrir De voir sa femme ou captive ou touchée; Et toutefois , auprès de luy couchée , Joincte à son flanc, le baisant en son lict, Seure en ses bras, l'estranglera de nuict.

a. Var. :

De son maihcur monstres presagieux.

Page 1