Livre cluatriesme
Cruel tyran ! à qui dessus la teste Lire de Dieu pend déjà toute preste.
Son propre sang son crime lavera , Et sa putain sa femme vengera.
[Après la mort de sa femme Galsonde, Espousera sa garse Fredegonde, Qui , d'un visage eshonté , de regards Et de maintiens lubriques et paillards, Et d'un parler entre Thumble et le grave, Fera ce roy de maistre son esclave , L'abestissant si bien à ses désirs Qtt'il servira, valet, à ses plaisirs.
Ah ! apprenant aux despens de sa vie Que Thomme est fol qui aux putains se fie.
« Or, elle, ayant assoté son mari, Pour mieux jouir de son ribaud Landri, Qui du royaume avoit toute la charge, Folle d'amour, à deux meurdriers encharge, A son retour de la chasse , bien tard , De luy percer la gorge d'un poignard.
Ainsi mourra, par les mains de sa femme, Ce Childeric, aes princes le diffame.
« Elle , sans peur ny de Dieu ny de lois , Toute effrontée , ayant encor les dois Rouges du sang de son mari , pour taire Par un beau fait le meurdre et Fadultère, Ira, guerrière, au milieu des combas^ Tiendra son fils de trois mois en ses bras, Traistre pitié ! pendant à sa mammelle , Dont son paillard aura pris la tutelle. Puis, ceste royne abominable, ainçois Ceste furie , exécrable aux François , De qui la teste attendoit le supplice, Comme si Dieu favorisoit le vice , Vivra sept ans en pompes et honneur Avec Landri, des François gouverneur; Et qui pis est, morte, on la fera sainte . Ainsi tout va par fraudes et par fainte !
238 La Franciade.
« L'autre d'après est Clotaire, son fils, Par qui seront les Saxons desconfis, Ne souffrant vivre en leur terre occupée Masie debout plus grand que son espée, Sa^e guerrier, victorieux et fort, Qui, pour l'honneur, mesprisera la mort.
« De Brunehaut, princesse misérable, Fera punir le vice abominable, Luy attachant à la queu' d'un cheval Bras et cheveux , puis à mont et à val , Par les rochers, par les ronces tirée.
En cent morceaux la rendra déchirée, Si qu'en tous lieux ses membres diffamez Seront aux loups pour carnage semez {a). [Bien qu'un grand roy ne puisse avoir louange Quand par la mort d'une femme il se venge, Pourtant Clotaire est absous par les loix D'avoir vengé le sang de tant de rois Que par poison, par glaive et par cautelle Avoit occis ceste royne cruelle.
« Les Lœstrigons, les Cyclopes, qui n'ont Qu'un œil au front, en leurs rochers ne sont Si cruels qu'elle, à toute peste née, Qui , en filant menée sur menée.
Guerre sur guerre et débats sur débats, Fera mourir la France par combats; Mais à la fin, soubs les mains de Clotaire,
a. Var. :
Doit chastier la malice exécrable. Jambes et bras à deux chevaux tirez; Ses vieux cheveux, des ronces deschirez , Seront espars comme flocons de laine Que la brebis a laissé sur la plaine, Par les chardons aux poignans hameçons , Et de son sang rougiront les buissons.
Rien si malin qu'une femme peut naistre, Ny rien si bon , quand bonne elle veut estre.