DU FEU ROY CHARLES IX
Charles , en qui le Ciel toutes grâces inspire , Qui asle cœur plus grand que n'est grand ton empire, Une ame prompte et vive, un esprit généreux, De vertus, de science et d'honneur amoureux; Qui passes tes ayeux d'un aussi long espace Que l'aigle les autours, dont l'aile ne se lasse En volant outre l'air d'approcher le soleil ;
Ainsi entre les rois tu n'as point de pareil Que François ton grand père ; et si l'honneste honte Le vouloit, je dirois que ton cœur le surmonte , D'autant que nostre siècle est m.eilleur que le sien , Et aue le temps présent vaut mieux que l'ancien; Et d'autant qu'il fut docte au déclin de vieillesse, Et tu es tout sçavant en la fleur de jeunesse.
Car si ta Majesté (après le soin commun Qu'elle prend du public , et d'escouter chacun, Permettant à ton peuple une facile entrée,) Soit en prose ou en vers pour plaisir se recrée, Donnant quelque relasche à ton divin esprit.
Vers du roy Charles IX. 2^7 Qui monstre sa vigueur en monstrant son escrit , El qui rien que parfait ne médite ou compose, Ronsard te cède en vers, et Amyot en prose; Et suis marry d'avoir si longuement vescu Au giron des neuf Sœurs, pour estre ainsi vaincu.
N'estoit-ce pas assez de m'avoir en cent sortes Monstre l'affection que , maistre , tu me portes , Sans encor' me vouloir défier en mon art , Et en vers appeler au combat ton Ronsard , Descouvrant contre moy la fureur de ton stiîe P Ainsi le grand Au^ste escrivoit à Virgile; Virgile, qui l'esprit de son maistre suivoit , Pour luy donner plaisir luy contre-rescrivoit.
Tu m'as donné des vers, très-magnanime Prince, Afin qu'en imitant ton exemple, j'ap'prinse Que peut ton cœur superbe , et pour avoir aussi Tousjours l'esprit touché d'un vertueux souci.
Toutesfois te jouant, grand monarque de France, Tu as plus avancé que ta plume ne pense; Car tes faits quelque jour par le temps périront ; En mon livre à jamais tes beaux vers se liront, Que je veux engraver, environnez de gloire, Sur l'autel le plus sainct du temple de Mémoire, Pour mieux faire cognoistre à la postérité Qu'en France j'ay vescu régnant ta Majesté, Et que ta Majesté dessous elle a veu naistre Ma Muse, qui se plaist de senir un te! maistre.