Il entend le Rhin
Le B ocage royal. 305
Qui ne veut d'autres murs que de flots s'enfermer; Et traversant le Pô, tu dois voir dans les nues Les rempars monstrueux des grands Alpes chenues, Dont les cheveux tousjours de neiges sont vestus , Et les pieds de torrents ravagez et battus.
Puis tu voirras la terre, applaudi, de la race De tes peuples françois, si qu'il n'y aura place, Chemin ny carrefour qui, en te bénissant, N'aille de jeux , de joye et de bruit frémissant. Par les temples sacrez, sainctes maisons de villes, Les jeunes et les vieux, les mères et les filles , D'un longordre, en chantant, soit de nuit soit de jour, Rendront grâces à Dieu pour ton heureux retour. Lyon doit le premier revoir ton sainct visage, Et son fleuve sauter de joye en son rivage.
Après que la vertu qui suit ta majesté Aura dessous tes pieds ton ennemy (:) donté, Et la longueur du temps joincte à l'expérience T'auront appris de vaincre avec la patience, Par elle te faisant des monstres le vainqueur, Esleve après au ciel le courage et le cœur. Estime tes sujets, corrige ta justice; Fay que les armes soient des nobles l'exercice; Honore la science, honore les guerriers; Les vieillars au conseil soient tousjours les premiers, Révère leur vieillesse, et tes pères les nomme.
Puis, venu par vieillesse en l'âge oii se consomme La vie et la chaleur, tu monteras aux cieux, Et boiras du nectar à la table des dieux, Comme le preux Hercule, espousant la Jeunesse, Et Castor et Pollux , deitez que la Grèce Mist au ciel, et leur nom sema par l'univers; Tant valent les vertus, les Muses et les vers.»
Ainsi près de ton lict les trois Parques parlèrent. Et, baisant ton berceau, dedans l'air s'envolèrent.
(Ed. posthum.es.)
I. Le party de ceux de la religion pretejulue. Ronsard. — III. 20
3o6 Le Bocage royal.