‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 139 sur 164 · A TRÈS -HAUTE ET TRÈS-ILLUSTRE ET TRÈS-VERTUEUSE · texte numérisé non relu

A TRÈS -HAUTE ET TRÈS-ILLUSTRE ET TRÈS-VERTUEUSE

PRINCESSE ELISABET

Royne d'Angleterre.

Mon cœur, esmeu de merveilles, se serre Voyant venir un François d'Angleterre, Lors qu'il discourt combien vostre beauté Donne de lustre à vostre royauté.

[Beauté qui est en grâce si extresme Que rien ne peut la vaincre qu'elle mesme, Pour estre seule exemple très parfait Sur qui le ciel si grand miracle a fait, Puis en rompit le moule émerveillable Pour n'en refaire au monde de semblable,

Afin que telle en terre vous fussiez

Et que pareille en beauté vous n'eussiez.

Car, quand j'oy dire à ceux qui vous cognoissent Que les beautez diverses apparoissent Sur vous, Madame, et y luisent ainsy Que luit un ciel d'estoiles esclaircy Aux nuicts d'hyver, quand les belles planettes Qui de la mer sortent cleres et nettes Montrent leur face , et du clair de leurs yeux Dorent la nuit et font honneur aux cieux ;

Puis quand on dit qu'avez mis en reserve Tous les beaux arts de la grecque Minerve, Et qu'avez fait de vostre beau cerveau Naistre en savoir un Mercure nouveau , Qui vous conduit la main à bien escrire, Miracle estrange, et la langue à bien dire, A bien parler et à bien discourir Pour le secret des sciences ouvrir, Que vous sçavez conter en tous langages, Ayant choisi les livres les plus sages; Et c'est pourquoy outre l'humain devoir Les plus sçavans vous passez en sçavoir Pour demourer la merveille des dames En qui le ciel a mis de belles âmes ;

Puis quand on dit que vous avez pillé L'or et la soye et qu'avez habillé De leur splendeur vos longues tresses blondes Qui sur la joue, en s'allongeant comme ondes, Vont quelquefois, et quelquefois aussi Ont leur beau cours d'un scophion racourcy Dont le gaillard et délicat ouvrage Pourroit gagner non l'amoureux courage D'un qui seroit de nature courtois , Mais l'estomach d'un barbare Scythois, S'il contemploit la douce mignotize De vostre chef, alors qu'il s'adonise D'un beau bonnet , ou , le voyant encor Couvert d'un ret fait de perles et d'or,

Le Bocage royal. 32$

Et audessous la ronde et nette oreille

Servant de lustre à la joue vermeille

Et au beau col délicat et mollet,

Dont la blancheur est plus blanche que lait

Que sur du jonc une pucelle appreste,

Estant oysive au long jour d'une feste,

Et entremet mille fraises parmy,

Pour le donner à son nouvel amy.

Qui seul, absent, s'escoule de misère,

N'osant la voir pour crainte de sa mère ;

Puis guand on dit que vous portez au front Cent majestez royales qui vous font Presque adorer, et que portez ensemble Une douceur qui vos subjets assemble Sous vostre sceptre , ayant en gravité Joinct la douceur avec la majesté;

Puis quand on dit que les flammes fatales (•) Vous furent tant, en naissant, libérales Que d'enrichir de leurs feux les plus beaux Vos yeux divins, plus clairs que ces flambeaux Qui Vont sauvant du danger la navire Quand le fort vent la frappe de son ire, Yeux maintenant cruels et ^ratieux Tantost bénins, tantost audacieux , Clos, demy-clos. qui d'une œillade tirent Ainsy qu'un haim les cœurs qui les admirent, Pendus en eux; yeux jumeaux où l'Amour, Le Jeu, la Grâce, ont basty leur séjour. Tant ils sont beaux et tant ils se descouvrent; Doux, quand aux cœurs le Paradis ils ouvrent, Le Paradis en terre, ou le Plaisir Y a voulu sa demeure choisir ;

Puis quand on dit que le vermeil des roses Tout fraischement dessous l'aube descloses, Et les œillets et la blancheur des Hz Tout fraischement sous l'aurore cueillis, Ont coloré le teint de vostre joue,

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