‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 141 sur 164 · Marie Stuart, la plus belle princesse qtii fut jamais · texte numérisé non relu

Marie Stuart, la plus belle princesse qtii fut jamais

Le Bocage royal. :|27

Or pour sçavoir si vraye est la nouvelle, Si tost qu'au ciel on verra l'arondelle Du triste hyver nous annoncer la fin Je veux aller en Angleterre, afin De voir vos yeux et vostre isle royale Qui en la mer ne trouve son égaie.] (a)

On dit qu'au temps que les dieux habitoient Ça bas en terre, et les peuples hantoient, Que l'isle vostre alloit libre sur l'onde, Comme Delos errante et vagabonde, Et que son pied par un nouveau destin N'estoit serré d'un lien aimantin ; Mais sans tenir à nulle chaisne dure Flot dessur flot erroit à l'avanture.

Souventefois le nocher hirlandois L'a rencontrée au rivage flandrois, Près de sa nef, sur la vague eslevée , Puis au retour bien loin l'a retrouvée, Aucunefois, sautant comme un mouton, S'alloit jouer au rivage breton, Puis, en flotant où son pied luy commande, Se blanchissoit de Tescume normande;

Aucunefois s'en venoit balloyer Le flot qui vient à Boulongne ondoyer, Puis tout soudain sauteioit à la rive Où l'Océan à Graveline arrive; Puis alloit voir les Orcades; après D'un long chemin revenoit à Calais.

Un jour estant vers Calais arrestée , Voicy venir le dieu marin Protée, Qui , de son gré vagabond , s'absentoit Bien loin d'Egypte, où, prophète, habitoit, Ayant laissé sa demeure tertille.

Trop irrité contre sa propre fille,

a. Var. Ces lo vers sont réduits à deux dans les éditions posthumes :

Ou bien on voit deux fiâmes esclairantes De mesmefeu, mais de sort différantes.

^2$ Le Bocage royal.

Qui par présent Tavoit mis dans les las. Comme i! dormoit, du prince Menelas.

Or il avoit par un long navigage Déjà passé d'Hercule le bornage , Touché Marseille, et ja voyoit la mer Contre les bords de Gascongne escumer; Déjà plus bas à la rive voisine Voyoit flotter la vague poitevine , Suivant tousjours en nouant plus avant Le flot qui va la Bretagne lavant.

Comme il estoit à la rive qui bagne Le port Icin d'une ondeuse campagne, H vit vostre isie, et si tost cju'il la veit Flottant sur l'eau, sa beauté le ravit; Lors, abaissant contre la mer sa teste, Fist à Neptune une telle requeste :

« Père Neptune , à qui le flot chenu, Tiers lot du monde, en partage est venu. Lorsque vous trois, saturnien lignage, De ce grand tout divisiez l'héritage.

Aux autres dieux ne laissans rien sinon Que la frayeur d'un si horrible nom ; 0 Pousse-terre, Embrasse terre, ô Père Dont le sourcy la marine tempère , [Et qui, traîné d'un char à deux chevaux, Voles léger sur la croupe des eaux, Et des grands vents appaisant les haleines, Calmes le front de tant d'humides plaines.] Si de ton sang, prince, je suis sorty, Et que vers toy ma mère n'ayt menty, Donne à ma peine une trêve meilleure, Et me permets ceste isIe pour demeure.» A peine eut dit que Neptune l'ouyt , Et de la voix de son fils s'éjouyt; Puis, fendant l'eau de son eschine blue. Met sur la mer sa teste chevelue.

Et luy respond : a Ce n'est pas toy, mon fils, Qu'on doit nier, à qui, père, je fis Don des troupeaux qui ronflent sur l'arène

Le Bocage royal. 529

Dormans aux bords d'Egypte et de Pallène!

Entre en ceste isie et en don la reçoy,

Qui est, mon fils, assez grande peur toy. »

Disant ainsi , de toute la puissance De son trident frappa le bord de France, Et tellement son bras il estendit, Qu'en le frappant en deux parts le fendit; Puis desliant'de la racine entorse Le fondement, le pousse à toute force, Et , le tirant , en arrache un morceau Qu'il fit rouller bond à bond dessur l'eau Jusques à l'isle , et les unit ensemble Comme un maçon qui de sa chaux assemble Pierre à la pierre , et à coups de marteau D'un grand rocher fait sortir un château.

Puis , en plongeant dessous l'isle qui erre Encor' sous Teau", la lia contre terre D'un estroit nœud , comme un tisseran fait Quand en ouvrant sa trame se défait.

Adonc il prend des deux trames ensemble Les bouts rompus, et d'un nœud les assemble Fil contre fil, puis d'un filet entier Ourdist parfaite une toile au mestier.

Adonc Proté, joyeux en son courage D'un tel présent, gaigne le bord à nage, Baisa la rive, et la terre accola ,^ Puis, vray prophète, à l'isle ainsi parla :

«isle, qui fus solitaire et déserte, D'aspres buissons et d'espines couverte, Haute maison des sangliers escumeux , Et des grands cerfs au large front rameux , Qui n'euz jamais la poitrine férue Du soc aigu de la croche charrue, Un temps viendra (et le voicy venir) Qu'on te doit voir triomphante tenir Le premier rang entre toutes les isles Qui sont en biens et en peuples fertiles ;

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