Livre PREMIER
Pour ton espouse à toy ferme liée,
Du filz d'Achille à tort répudiée.
Vive ta Troye et ton mur ja parfaict
Sur le patron d'Ilion contrefaict.
Adieu, mon sang! D'une longue volée
Je m'en retourne en l'obscure vallée.»
A peine eustdit, soudain le frère alla
Pour l'accoler; mais l'ombre s'envola
Loing de ses bras , comme un songe frivole
Qui au réveil loing des hommes s'envole
Dedans la nue ; et le voulant alors
Prendre, il ne prist que du vent pour le corps.! fa^.
Incontinent que l'aube ensaffranée Eut du beau jour la clarté ramenée, Prompt, hors du lit ce bon prince 'sortit • Premièrement sa chemise vestit, '
Puis son savon ; puis sa cape tracée A fils d'argent surl'espaule a troussée [Prit son espé, qui, fidèle, pendoit ' A son chevet. Un couteau clescendoit Du long la gaine ivoirine, et le manche Estoit orné de belle agathe blanche] ; Le pommeau fust d'un argent ciselé (l). Ainsi vestu hors la porte est allé, Le dard au poing, commandant qu'on assemble Grands et petits au conseil tous ensemble
Lors les heraux, claire-voix, ont sonné De toutes parts le conseil ordonné; Le peuple oisif, pour nouvelles apprendre, Droit en la place en foule se vint rendre.
a. Var. en place des 46 vers précédents :
De pi le sang et troyen et germain Doit enserrer le monde dans sa main.
Prit son espée au pommeau cizelé.
Ronsard. — m.
66 La Franciade.
Luy dans son trosne, honoré, se rendit : Chacun se teust, puis en ce point a dit (a):
a Peuple troyen , dardanienne race, Ce jouvenceau qui par la populace Vit sans honneur, Astyanax nommé, Est fds d'Hector, que tant avez aimé, Qui, magnanime en si longues batailles, Dix ans entiers a gardé vos murailles; Qui le rampart contre terre rua Des Grecs tremblans; qui Patrocle tua, Et retourna pompeux dedans la ville.
Environné du corselet d'Achille.
«Or ce grand roy qui seul commande aux dieux, Qui honora Hector et nos ayeux La nuit que Troye estoit un grand carnage, Sauva l'enfant par une feinte image.
Sans majesté privé je l'ay tenu , De peur qu'il fust des Grégeois recognu. Je l'ay transmis par une longue voye, Tantost vers Thebe et tantost devers Troye, Voir le tombeau de son père, et aussi Les noirs enfans de Memnon, qui d'ici Sont éloignez, noble race Hectorée, Et de l'Aurore habitent la contrée.
En maint pais je l'ay fait voyager.
Il a cognu maint peuple et maint danger, Cognu les mœurs des hommes , pour se faire Guerrier pratique en toute grande affaire.
ce Depuis un an ce prince est de retour, Sans action mangeant en vain le jour, Lent, nonchalant, sans imiter la trace De sa très-noble et vertueuse race.
Bien qu'il soit brave et sous bon astre né, Et pour hauts laits hautement destiné.
a. Vûr. :
Luy de son sceptre au milieu s'appuya.
Puis de tels mots sa langue desplia.