Livre premier
« Tousjours pour luy ce grand prince me tance rrince de 1 air qui les foudres eslance '
Dequoy si tard je le retiens ici '
Sans de son bien avoir autre souci.
Encor hier, sa puissance j'atteste Que par le ciel en clarté manifeste Je yy Mercure arriver contre moy, Qui m'effroya du vouloir de son roy.
« Si tu n'as soin, dit-il, de ta lignée, bUa vertu de l'heur accompagnée N'esmeut ton cœur à voyager plus loin, Au moins conçois en l'esprit quelque soin' De ton neveu et n'estouffe perdue Sa jeune gloire à qui la Gaule est ^ue De qui doit naistre un million de rois ' Qui l'univers tiendront dessoubs leurs loix. Ce foudroyant seigneur de la tempeste Qui branle tout d'un seul clin de sa teste M'a fait du ciel icy bas devaller, '
Pour t'avertir de le laisser aller ' Où son destin l'appelle et le convoyé Bastir ailleurs une nouvelle Troye. ' Dont le renom ira jusques aux cieux.
Tel est le veuil du grand maistre des dieux (a)
« Pource, Troyens de race magnanime, bi la vertu natale vous anime, Suivez ce prince et le vueillez choisir- Tout vostre sang soit bouillant d'un désir D accompagner sa vaillante entreprise Que le destin dextrement favorise. '
a. Var. en place des 1 3 vers précédents ;
Au moins n'estouffe à son premier besoin
De ton neveu la bouillante jeunesse,
Fay-l' eschapper des liens de la Grèce.
Le jeune sang désireux de hazart
Trouve tousjours son mieux en quelque part a
68 La Franciade.
Il vaut trop mieux en liberté mourir Et par le sang la franchise acquérir, Que de languir en honte si vilaine.
Un beau mourir orne la vie humaine, »
Il dit ainsi ; puis se levant de là, Pressé du peuple en son palais alla.
Mars, cjui aimoit Hector durant sa vie, De secourir Francion eut envie ; En sa faveur fit son coche atteler, Puis, fouettant ses chevaux parmy l'air. Qui à bouillons soufloient de leurs narines Fiâmes de feu ardantes et divines, Vint s'abaisser sous le pied d'un rocher Près du rivage , où faisant détacher Ses beaux coursiers le long d'une verdure, Trèfle et sain-foin leur donna pour pasture. Puis comme un trait roidement s'eslança Dedans Buthrote, où sa forme il laissa, Et prit les yeux, le front et le visage , La voix, le geste et la taille d'Arape Jà chargé d'ans, vieil compagnon d'Hector (j). Celuy portoit la grande targe d'or De cet héros, quand pour garder sa terre Sa main estoit plus crainte qu'un tonnerre.
Ce capitaine avoit tousjours esté Par les Troyens en grande authorité.
En son semblant le dieu guerrier se change , Autour du front des cheveux blancs arrange , Se laboura de rides tout le front , Marche au baston comme les vieillards font , Et d'une voix toute caduque et rance Francus aborde, et en ce poinct le tance.
« Vraye Troyenne, et non Troyen, as-tu
a Var. :
Du vieil Guisin qu'on estimoit tressage , Lequel suivoit aux batailles Hector.