Livre p REMI ER
Déjà d'Hector oublié la vertu, Qui t'engendra pour estre l'exemplaire.
Comme il estoit, du labeur militaire , Futur honneur des peuples et des rois ? As-tu , couard , oublié ton harnois Pour (alléché d'ocieuses plaisances) User ta vie en festins et en danses.
Faire l'amour, et tout le jour en vain Pleines tourner les coupes en la main ? Honte et vergongne, où estes-vous allées! Ne vois-tu pas que les ondes salées Pour t'emmener se couvrent de vaisseaux ? Dresse l'aureille, entens les jouvenceaux Qui foule à foule au rivage se rendent Et tous armez capitaine t'attendent.
ce Toy, san^ trop froid pour un jeune guerrier, Tout engourdi demeures le dernier, Serf de ta mère, et te fraudes toy-mesmes Du haut espoir de tant de diadèmes.
[ Et du destin qui t'appelle aux honneurs Pour commander aux plus braves seigneurs. Rien n'est si laid que la froide jeunesse D'un fils de roy, qui se rouille en paresse. J Tel n'estoit pas Hector le père tien, Qui des Troyens fut jadis le soutien : Armes, chevaux et toute guerre active Furent ses jeux, et non la vie oisive, Qui, te charmant, d'un somme t'a lié, Ayant ta ville et ton père oublié , Que la vertu, la vaillance et la gloire Ont illustré d'éternelle mémoire.
[Monstre à ce peuple au cueur morne et peureux Que tu es fils d'un père généreux.
L'homme ne peut signaler sa noblesse S'il n'a le sang eschauffé de prouesse.] »
Disant ainsi , ce grand dieu belliqueur De Francion enflama tout le cœur, Luy arracha le bandeau d'ignorance,
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Et le remplit d'audace et d'asseurance.
Il luy souffla un horreur dans les yeux,
Le fit ardant, aux armes furieux,
Et tellement sa prouesse r'allume,
Qu'il apparut plus grand que de coustume.
Si que, marchant au milieu des plus forts.
Haut relevé, de la teste et du corps
Les surpassoit, comme ce Dieu surpasse
Sur le bord d'Hebre, ou sur les monts de Thrace
Tous les soldats, quand, d'ardeur animé,
Parmy la presse apparoist tout armé,
Couvert de poudre, et se plante à rencontre
D'un meschant roy, que sa lance rencontre
Pour le punir d'avoir contre équité
Vendu son peuple ou trahi sa cité.
Tel fut Francus ; après ce dieu se mesle Par les Troyens amassez pesle-mesle. Qui se pressoient à foule aux carrefours. Luy, renfrogné, de mots piquants et courts (j) A la vertu rechaufoit leur courage.
« Quoy ? voulez-vous en vergongneux servage Vivre tousjours, et sans langue et sans cœurs Tousjours souffrir l'orgueil de ces vainqueurs.'* Rompez, froissez d'une allégresse preste Le joug cruel qui vous presse la teste, Sans plus servir de passe-temps ici A ces seigneurs qui vous bravent ainsi. [ Ressentez-vous par une belle audace Du premier sang de votre noble race; Enflez-vous d'ire, et vous souvienne encor Des mains, du cœur, du courage d'Hector, ' Qui fut jadis la crainte des plus braves De ces Grégeois qui vous tiennent esclaves.
a. Var. :
Et les tûnçant dans le cœur leur poussait Un aiguillon qui mordant les pressait.