I. Vers ajoutés dans l'édition de 1578 et conservés depuis
LiV RE PREMIER. 75
Dessous la terre ont envoyé ma race [a).
Pour toy le jour seulement me plaisoit; Si quelque ennuy lam.enter me faisoit, Te regardant j'aîlegeoy ma tristesse, Comnïe soustien de ma foibie vieillesse. Las ! je pensoy qu'au jour de mon trespas , Quand l'esprit vole et le corps va là bas, Que tu ferois mes obsèques funèbres , Clouant mes yeux enfermez de ténèbres , Me laverois le corps froid de tiède eau , Et de gazons me ferois un tombeau , Comme bannie au bord de ce rivage ; Car aux bannis il n'en faut d'avantage). Serrant ensemble en un mesme repos De mon mary les cendres et les os ' Haut invoquant nos noms et ce qui reste De nous après l'heure extresme et funeste.
« Las! je vois bien, mon fils, que tu t'en vois Bien loing de moy, et que ma triste voix Comme ta voile au vent sera portée , Demeurant seule icy desconfortée.
Mais pour mon corps, qui n'attend que sa fin, Ne laisse, fils, à suivre ton destin].
« 0 Jupiter, si la pitié demeure Là haut au ciel, ne permets que je meure, .\ins qu'il se face en armes un grand roy, Et que le bruit en vole jusqu'à moy!
a Donne, grand Dieu, qu'au milieu de la guerre Puisse ruer ses ennemis par terre, Mordants la poudre, en leur sang renversez, D'une grand' pîaye en l'estomac persez ;
a. Var. :
Du Grec vainqueur la furieuse armèt A par le fer ma race consommée.
76 La Franciade.
Que des citez la puissante muraille Trébuche à bas en quelque part qu'il aille. Soit à cheval , soit à pied guerroyant , Et que Quelqu'un s'escrie, en le voyant Favorise de fortune prospère :
Le fils vaut mieux aux armes que le père.»
Disant ainsi , pour présent luy donna Un riche habit que sa main façonna , Où fut pourtraite au vif la grande Troye En filets d'or joints à filets de soye/^ Avec ses murs , ses rempars et ses forts, Xanthe traînoit, à l'environ des bords, Pour passement sa rivière azurée.
Là s'eslevoit la montagne sacrée , Ide neigeuse, où d'argent sauteloit Maint vif ruisseau qui en la mer couloit. Au pied du mont fut en riche peinture Le beau Troyen qui chassoit d'aventure Un cerf au bois, où Jupiter le vit.
Qui par son aigle en proye le ravit.
Ce jeune enfant emporté par les nues Tendoit en vain vers Troye les mains nues , En l'air ravy. Ses chiens qui le voyoient L'ombre de l'aigle et les vents aboyoient.
Hector avoit ceste robe portée Le jour qu'Hélène en triomphe abordée Entra dans Troye, et depuis ne l'avoit Mise ; sans plus, de parade servoit Au cabinet où les plus chères choses De ce grand prince estoient toutes encloses.
La luy donnant : «Prenez, dit-ell', mon fils, Ce beau présent que de mes mains je fis, Pour gage seur d'amitié maternelle, Ayant de moy souvenance éternelle.»
Ainsi, pleurant, Francus elle accolla, Puis espasmée au logis s'en alla, Où de son corps l'ame estant détachée ,