‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 34 sur 164 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Où ces grands corps incogneus regarda.

Lors les Troyens en sursaut s'éveillèrent, Qui de le voir au cœur s'esmerveillèrent; Luy, plein d'effroy, en pasmaison devint, Et de son songe à l'heure luy souvint.

« D'où estes'vous '^dit-il) , de quelle place ? Quels sont vos noms, et quelle est vostre race? Quelle fortune, ou quelle mer sans foy Vous a trahis ? Hostes, respondez-moy : Car à vous voir ^bien que pleins de misères) N'estes meschans, nyfiîs de meschans pères. »

Alors Francus, baignant ses yeux de pleurs, Et souspirant aigrement ses douleurs, Luy respondit : «Si jamais les merveilles Des Phrygiens ont frappé tes oreilles , La longue guerre et les dix ans d'assauts , Le fier Achille, autheur de tant de maux, Le sac, la prise et la flame funeste Du brazier grec, nous en sommes le reste. Pour soutenir leurs villes et leurs forts , Femm.es, enfants, nos ayeux y sont morts, L'un sur le mur, l'autre par les alarmes. Hector, l'honneur des hommes et des armes. Le père mien, ayant cent mille fois [a) Trempé le sable au meurtre des Grégeois, Gardant son père, et sa mère, et sa ville, Y fut tué par la traison d'Achille, Comme un sapin par le fer abbatu , Hector tomba de ses armes vestu, Faisant un bruit sur la poudre troyenne , Où du veinqueur la roue œmonienne

Là, pour sauver maisons , Umpks et dieux y Femmis, en/ans, moururent nos ayeux , L'un sur le mur, l'autre au milieu des armes. Hector, l'honneur des valeureux gendarmes ^ Qui m'engendra , ayant ant mUU fois..,.

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(Acte vilain et plein d'impiété) Trois fois le traine autour de la cité. Je fus sauvé de la flame cruelle (Acte divin !) pendant à la mammelle ; Je fus des Grecs en servage amené , Nourry sans nom, bien que hautement né.

« Ceux que tu vois d'un visage si blesme Couchez icy ont eu fortune mesme, De mesme ville, issus de mesme part, Mes alliez de sang et de hazart.

« Quand sans honneur, sans grandeur, sans envie. De plus haut bien j'aloy traînant ma vie En Chaonie, aux pieds de mes parens, Voicy d'enhaut des signes apparens; Voicy Mercure envoyé du grand Père Tancer mon oncle et menacer ma mère, De quoy forçant le ciel et la saison Ils enfermoient ma gloire en la maison, Et que des dieux les hautes destinées Avoient pour moy tes Gaules ordonnées, Estant au ciel père des roys receu ; Mais le destin et les dieux m'ont deceu.

«Croyant en vain leur promesse menteuse. Prompt, je me donne à la vague venteuse, Armant en mer quatorze grands vaisseaux, De vivres pleins , et de forts jouvenceaux , Dont j'esperoy d'une haute entreprise Douter sous moy cette Gaule promise.

Malheureux est qui desdaigne le sien Pour l'estranger : en lieu de tant de bien. Couronne, sceptre, et royaf mariage, J'ay eu la mer et les vents en partage , Qui d'espérance et de biens m'ont cassé , Et de quatorze un vaisseau m'ont laissé, (Jui, près ce bord sans mast et sans antène, Demy-rompu, s'embourbe sous l'arène.

Où tout mon bien j'avoy fait enfermer, Si c'est du bien ce qui flotte en la mer.

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