Livre second. i i i
Laisse tout seul jouer ton compagnon, Embrasse-moy, baise-moy, mon mignon , Pends à mon col ; mon fils, je te pardonne Tous les tourmens que ta flèche me donne, Tous les ennuis, tous les maux infinis Pour les amours d'Anchise et d'Adonis, Si de ton trait tu blesses la pensée, L'ame et le cœur des filles de Dicée Pour Francion, Troyen digne d'avoir.
Tant il est beau, faveur de ton pouvoir, Je te don'ray, pour te servir de page, Le Jeu mignard qui te ressemble d'âge, Fin comme toy, de qui les petits dois Tous enfantins porteront ton carquois , Et ton bel arc qui le monde conqueste; Il sera tien si tu fais ma requeste. »
Adonc Venus le mit en son giron.
Roses et lis espanche à l'environ De sa perruque, et l'endort en sa robe. Puis finement de son fils se desrobe , S'envole en Cypre, oii son temple en tous temps Voit ses autels chargés d'un beau printemps (a).
A-tant Amour du sommeil se secoue.
Ses blonds cheveux arrangea sur sa joue, Une double aile à son dos attacha.
Du prochain myrthe en sautant décrocha Son plein carquois; il empoigne en la dextre L'arc, et des dieux et des hommes le maistre; Puis, s'eslançant hors la porte des cieux, En-démené, fretillard et joyeux {b),
S' en-volt en Cypre , où d'encens sabéens Fument tousjours ses autels paphéens.
b. Var. :
Petites mains, petits pieds, petits yeux.
12 La Franciade.
Se rue en l'air; le ciel, l'onde et la terre Luy font honneur ; Zephyre, qui desserre Sa douce haleine odorante à l'entour, Tout amoureux va convoyant Amour.
Ce petit dieu, qui trompe la cervelle Des plus rusez, prit semblance nouvelle, Se hérissant en la forme d'un tan (Fier animal), qui au retour de l'an , Quand le printemps rameineses délices, Parmy les prez fait courir les génisses; Aux yeux de tous fut invisible , puis S'alla cacher dessous le seuil de l'huis Joignant la porte oii le prince Dicée (û). Superbe, avoît sa demeure dressée.
Tandis Francus, secouant en la main Un javelot à la pointe d'airain , Ayant au col sa targue à mainte houpe, Vers le chasteau mena sa jeune troupe.
Venus la belle, au départir des bords, Songneuse d'eux, emmantela leurs corps D'une nueuse et obscure couronne , Pour n'estreveus ny cognus de personne.; Quand au palais Francion arriva, Loin de leurs corps l'air espais se creva. Et leur figure est propre revenue.
Comme astres clairs devestus d'une nue.
Ce jour Francus à merveille estoit beau : Son jeune corps sembloit un renouveau , Lequel estend sa robe bien pourprée Dessus les fleurs d'une gemmeuse prée ; La grâce estoit à l'entour de ses yeux , De front, de taille, égal aux demy-dieux.
a. Var. :
Use fit tel ^u'on ne pouvoit le voir, Corps invisible, et puis alla s'assoir Au haut sommet de la porte où Dicée. . . .