Livre troisième
Sans s'arrester, mon esprit est volage.
De ce Troyen tousjours le beau visage L'honneur, la grâce, en l'ame me revient, Toujours , toujours et toujours me souvient (j) De son combat et de sa main guerrière Qui l'accompagne en sa barbe première.
« Père des Dieux, quelle aimable vertu! Quel port il a ! Comme il s'est combatu Pour le secours de nostre frère unique ! Il est vrayment de la race héroïque !
Sa main, sa force et son cœur généreux Monstrent assez qu'il est du sang des preux.
« Si j'estois libre, et si j'avois puissance De vivre à moy, je ferois alliance Par mariage à'ce vaillant Troyen.
ce Plustost le feu du grand Saturnien Tombé menu la teste me foudroyé, Plustost la terre en se crevant m'envoye
ques corrections indiquées en note; mais dans les éditions posthumes on le trouve modifié de la manière suivante :
L'humide nuit, qui de son voile enferme L'œil et le soing de l'homme, qu'elle cherme Par les liens du sommeil oublieux, Bouchoit partout l'ouverture des yeux , Mais non des sœurs, toute nuict éveillées, De trop d'aw.our en l'ame travaillées.
Adonc Hyante à sa sœur parle ainsi :
« D'où vient, ma sœur, que je suis en souci. Que ma raison a perdu sa puissance.
Que mon penser d'un autre prend naissance,
ueje m'oublie, et qu'un nouvel esmo)
e trouble toute et m'en-volle de moy?
a. Var. ;
Ravie en luy pensive me retient.
Tousjours au cœur me recourt et revient.
144 La Franciade.
Sous les enfers ma demeure choisir,
Que mon honneur soit trompé d'un plaisir,
Et que, peu sage, ainsi je me marie
Sans le congé de ceux qui m'ont nourrie, »
A-tant se teut : le cœur luy est failly. Comme ruisseaux les larmes ont sailli De ses beaux yeux, présages de sa peine; Quand d'autre part luy respondit Clymène, Qui moins n'ardoit de secrette langueur Pour le Troyen qui luy brusloit le cœur. Mais plus que l'autre elle estoit avisée. Qui ne vouloit une amour divisée, Ains vouloit seule, en toute affection, Dame, jouyr du cœur de Francion.
Pource, en mentant par un grand artifice , Luy conseilla que l'amour estoit vice.
Ainsi son mal par fraude elle cacha.
Et l'inconstance à sa sœur reprocha.
o Où sont, ma sœur, ces responses hautaines Que tu rendois à tant de capitaines , Princes et rois, que pour ses gouverneurs Crète nourrit en pompes et honneurs?
Qui, travaillez d'une amoureuse flame. Tous à l'envi te courtisoient pour femme? Quoy ! seulement d'un courage endurci Ne desdaignois ces maris, mais aussi Tu mesprisois les hommes dont l'audace Est trop cruelle encontre nostre race.
Quoy ? disois-tu , comme un superbe roy L'homme contraint les femmes à sa loy; Non seulement les estime inutiles A gouverner les sceptres et les villes, Mais, sans nul tiltre et sans point commander, Les fait filer, les laines escarder.
Ourdir et coudre, et de paroles braves En son foyer les tance comme esclaves.
[Qu'heureuse fust Lemnos, au temps passé. Où le pouvoir des hommes fut cassé,