‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 54 sur 164 · Livre troisiesme · texte numérisé non relu

Livre troisiesme

Par la finesse et prouesse des femmes,

Si que les noms des hommes estoient blâmes.

« A labourer les terres ils servoient, Sans autre charge, et les dames avoient Le magistrat et seules la police, Administroient le sceptre et la justice] (a). Où sont ces mots r Où est ce coeur si haut? A ton besoin le courjge te faut, Qui maintenant à la première veue D'un estranger as Tame toute esmeue, Et veux ton nom sans raison diffamer Pour un pirate , un corsaire de mer.

Qui va cherchant par les ondes sa proye. Sous faux-semblant de refaire une Troye ; Et, par amour cspiant la saison De desbaucher les filles de maison, Au premier vent loin d"amis les emmène Pour les laisser sur quelque froide arène; Car, estant saoul de son premier plaisir, Et ne voulant que changer et choisir, Les abandonne, et, sans tenir promesse, Marche, îuitif, où l'orage le presse.

«De tel malheur l'exemple encore vit En ce pays d'Ariadne, qui suivit Maugré .Minos le parjure Thésée, Tant elle fut à prendre bien-aisée.

Mais tout soudain ce pirate meschant, De son serment et d'elle sefaschant, La quitta seule au matin endormie , Appast des loups, au rivage de Die.

Pource, ma sœur, d'un advis sage et pront L'honneste honte attache sur ton front,

a. Var. (i J84) :

et Us dames avoient Entre leurs mains le fait de la police, Le magistrat, les lois et la justice.

Ronsard. — III, fo

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Et sans toy laisse errer à l'advanture Des estrangers la teste si parjure. »

Ainsi disoit, dissimulant à lin De la tromper; mais Amour le plus fin. Qui ne se trompe, et qui passoit en elle De nerfs en nerfs ^ de mouelle en mouelle, La faisoit caute en son mal sans pareil, Qui ne vouloit ny raison ny conseil [a).

A-tant du jour la lumière sacrée Dedans la chambre estoit par tout entrée, Quand lesdeux sœurs, ainçoisdeux beaux printemps Sortent du lict. Ils demeurent longtemps A se peigner, s'attiffer, et à faire ' Par le miroir un visage pour plaire ; En cent façons retordent leurs cheveux Ondez, crespez, entrefrisez de nœuds, Et d'un long art mille beautez s'attachent; Puis teste et col d'un guimple elles se cachent. Qui, bien plissé, jusqu'aux pieds leur glissoit, Et l'air voisin de parfum rempîissoit.

Ces jeunes sœurs en ce poinct habillées D'un pas superbe au temple sont allées, Comme à l'oracle, afin de sçavoir mieux, Priant au ciel, la volonté des dieux (b) : Ou s'ils vouloient d'une main favorable Guarir leur playe autrement incurable , Ou s'ils vouloient desdaigner sans secours Leurs passions diverses en amours, Et sans espoir entretenir leurs fiâmes.

a. Yar. :

Toute en soupçon sans conseil l'esbranloiî, Et d'appareil sa playe ne vouloit.

b. Var. :

Pour consulter à l'oracle des dieux Sur la santé de leur mal ennuyeux.

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