Livre troisiesme. i
Manoir des dieux religieux et craint, Les amena. (On dit qu'en ceste place Minos parloit à Jupin face à face , Quand il prenoit les loix de ce grand Dieu.) Il mit de rang les cent bœufs au milieu Du verd bocage, et de gazons il dresse A la Victoire un autel d'allégresse.
De tous costez errant en divers lieux, Il amusoit son esprit et ses yeux A regarder s'il verroit d'avanture Quelque grand arbre esgayé de verdure.
Non guères loin sur le tertre prochain Vit à l'escart un chesne au large sein , Aux larges bras , qui ses branches fueillues D'un chef superbe envoyoit jusqu'aux nues. De ses rameaux tout le chesne esbrancha, Et sur la cyme en trophée attacha Du mort Gean les armes despouillées.
Cuissots sanglants, grèves de sang mouillées, Maille, plastron, gantelets et brassards, Le javelot, le poignard et les dards, La large espée (a) et l'effroyable creste Du morion gardien de la teste.
Devant l'autel les bœufs il assomma.
Le sang qui sort à gros bouillons fuma Sous le Cousteau qui fendoit leur poitrine : L'un la peau crue' arrache de l'eschine. L'un les estrippe, et l'autre peu à peu. D'une estincelle allumoit un grand feu; Dedans le ciel en voloit la fumée!
Quand par le feu l'humeur fut consumée, De la chair crue, un chacun s'approcha, Et pour manger sur l'herbe se coucha.
a. Var. :
{Car le tyan avoit accoustamé
Pour ornement d'aller tous jours ar.né ,
Non par besoin)...
158 La Franci ade.
Le vin se verse, et l'escumeuse couppe De main en main erre parmy la troupe.
Que, de bon cœur s'invitant, recevoient, Et la moustache en la tasse lavoient.
De la cité les dames bien coiffées, Aux doux regards , aux gorges atifées De beaux joyaux, au riche corps vestu D'un or broché en la soye battu (a) , Menoient le bal. Terpin , qui les devance, Tout le premier mesuroit la cadance.
Chantant cet hymne, et mariant sa voix Au luth poussé du trembler de ses doits :
« Fille du Ciel, invincible Victoire, Dont les habits sont pourfilez de gloire, D'honneur, de pompe, et dont le front guerrier Est illustré de palme et de laurier; [Qui devant toy fais broncher les murailles, Qui pends douteuse au milieu des batailles, Qui tout le monde estonnes de ton bruit, Que la Loy craint, que la Justice fuit, Quand le Renom aux ailes emplumées Sème par tout l'effroy de tes armées.
Et quand chacun en tressaillant de peur Attent suspens qui sera le vainqueur (i)]; [Royne , qui sœur de Fortune te nommes. Qui tousjours pends douteuse sur les hommes Et le conseil casses du bataillant, Qui seule fais d'un couhart un vaillant Et d'un vaillant un couhart, quand ta face
a. Var. :
De la cité les dames honorables , Sortons dehors en robes vénérables , Et serenant le ciel de leurs regars , Les mains ensemble, à petits bons gaillars.