‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 68 sur 164 · Livre TROIS lESME · texte numérisé non relu

Livre TROIS lESME

Dans un chaudron à la panse estendue 'j). Ce prompt esclair, ore bas, ores haut.

Par la maison sautelle de maint saut, Et bond sur bond aux soliveaux ondoyé , Pirouettant d'une incertaine voye , Et fait courir ses longs rayons espars De place en place errer de toutes pars. Ainsi discourt sans arrest de pensée De trop d'amour la pucelle offensée ; Sur maint penser maint autre redoubla, Mais cestuy-cy le meilleur luy sembla : Ce fut de prendre une chambre secrette ^ Et loin à part pleurer toute seulette.

Dessus un coffre à bouche se coucha ; Puis quand Phebus en la mer se cacha, Se jette au lict. Le sommeil qui la presse Fit pour un temps à son mal prendre cesse. Mais pour-neant : car le songe trompeur, Entre-meslant Tesperance en la peur, Vint l'effroyer comme i! a de coustume D''effroyer ceux de qui la playe fume Dessous le cœur, quand un extresme ennuv Commande au corps et règne tout en luy {h).

Elle songeoit, pleine d'amour extresme.

Entre-dormant , que Francus de soy-mesme Estoit venu en Crète pour oser

a. Var. (M78, ;

Qui rebat l'onde au giron respandue D'un creux chaudron à la panse estendue,

Qui rebat l'onde, à lumière eslancée.

Dans le giron d'une cuve versée.

b. Var. :

Dessous le cœur, quand le mal chaleureux Par le sang trainc un ukcrc amoureux.

70 La Franciade.

Prier son pere afin de l'espouser, Et que, la dextre en la dextre ayant mise De l'estranger, la luy avoit promise ; Que par courroux desdit il s'en estoit; Que le Troyen pour elle combatoit A toute force, et que, tout bouillant d'ire, Il la trainoit en sa creuse navire, Bien loin de Crète, en la profonde mer, Et que son pere ardant faisoit armer Mille vaisseaux afin de la poursuivre.

Et le larron ne laisser ainsi vivre ; Que le rivage estoit remply de feus, D'armes , de nauz et de peuples esmeus , Faisant grand bruit, et ce bruit la reveille.

Or, comme Amour traistrement la conseil Devant le jour hors du lict se leva, Et par sa chambre à tastons elle va , Touchant les murs d'une main incertaine , Et ramassa son esprit à grand' peine.

Que le sommeil du corps lui destacha; Puis derechef au lict se recoucha.

D'amour, de peur et de rage frapée, Où de rechef le songe l'a trompée.

Tousjours au cœur Francus lui revenoit, Et le maintien qu'en parlant il tenoit. Quel geste il eut, quel port et quelle face, Et quelle fut la douceur de sa grâce.

Quelle sa robe et quel fut son parler. Ses doux regards , sa taille et son aller. Son menton crespe et Sa perruque blonde. Elle pensolt qu'il n'y eust prince au monde Pareil à luy; tousjours sa douce vois.

Ses doux propos et ses devis courtois, Comme pasmée et pleine de merveille, Coup dessus coup lui refrappoient roreilie.

Aucunefois elle songeoit errer Parles déserts, et seule s'égarer Parmy rochers, rivières et bocages,

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