‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 70 sur 164 · Livre TROiSiES ME · texte numérisé non relu

Livre TROiSiES ME

Nuds pieds, sans robe, affreuse, eschevelée,

Délibéra contre le mal d amours

De voir sa sœur et demander secours.'

Elle courut comme son pied la porte.

Mais aussi tost qu'elle fut à la porte ,

Se recula ; comme le pèlerin

Qui de fortune a trouvé par chemin

Ijn long serpent timbré d'une grand'creste

Qui le menace et s'enfle de la teste ,

Et fait mourir les herbes du toucher :

Il se recule et n'ose en approcher.

Ainsi tourna la pucelle en arrière.

Dessus la langue elle avoit la prière, La larme à l'œil, le soucy sur le front, Dedans l'esprit un pensement profond, Et maint sanglot se crevoit en sa bouche , Quand trop d'amour qui la toucha» et retouche Qui compaignon ses pas alloit suivant, Fit avancer ses jambes en avant.

Et derechef la honte les recule ; L'honneur la gèle et le désir la brûle. Trois fois Amour la voulut faire entrer, Honte trois fois vint ses pieds rencontrer. Trois fois revient et trois fois s'en retourne ; Son pied douteux, qui m.aintenant séjourne, Maintenant va comme Amour le séduit, Porté d'ardeur, derechef la conduit^ Et la vergogne encores la repousse.

Ce dieu qui bat d'une forte secousse Son cœur douteux si bien la fourvoya, Que dans la chambre en fm la convoya En gémissant, comme une fiancée Qui dès long temps a lié sa pensée Au jouvenceau qui debvoit l'espouser, Que la mort fait en terre reposer (<i),

a. Var. :

A son amant, qui, premier quappalser Sa flame, est mort avant que l'espouser.

!74 La Franciade.

Elle, de dueil et d'amour enflammée, Lamente seule en sa chambre enfermée, [Secrètement, de peur que ses regrets Ne soient oùis des passants indiscrets, Qui de brocards pigueroient la pauvrette. Elle en esprit son fiancé regrette] D'un cry muet, à bouche close. Ainsi Pleuroit Clymène, et cachoit son soucy.

Pour raconter sa douleur, qui n'a trêve, Ores au bout de sa langue s'esîève La voix poussée et aux lèvres lui pend, Ores tombée aux poumons redescend Sans nul effect, car le son, qui ne touche Langue ny dent, ne desserroit sa bouche : Ainsi qu'on void les fantaumes de nuit Béer (i) en songe et ne faire aucun bruit. Or, comme Amour en fureur l'importune, Sans déclarer à sa sœur sa fortune, Seule en sa chambre en haste s'en rêva. Où de longs pleurs sa poitrine lava.

A ses soupirs la bride elle destache, Rompt ses habits, ses cheveux elle arrache, Esgratignée, et d'un esprit transi Pensoit, douteuse, et repensoit ainsi :

a Que dois-je faire ? heias ! en quelle peine Me tient Amour! Hà! chetive Clymène, Tu vis sans vie, et, folle, tu n'as soin (Cruelle à toy) de toy-mesme au besoin ! Las ! puis qu'Amour ta part ne favorise. Par la fureur conduy ton entreprise.

Quand la fortune en se jouant noiîs pert. Pour la raison le desespoir nous sert.

Dois-je prier un homme qui peut-estre Ne sçait mon mal ? Si je luy fay parestre, Il trahiroit mon amour sans guerdon.

Il est issu du roy Laomedon,

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