Livre qjjatriesme. 2o
Tant ton sçavoir est divin et parfaict. Hécate en vain, prestresse, ne te faict Garder son temple et commet ses mystères. Herbes et fleurs et plantes salutaires Craignent ta main. Les murmurantes voix, Les poincîs coupiez , les mots redits trois fois Te font service , et la fureur divine Du Delien eschauffe ta poitrine , Prophète ensemble et ensemble qui peux Tirer d'enfer les esprits quand tu veux.]
a Je bastiray pour telle recompense Maint temple fait de royale despense En ton honneur ; et si je puis jamais Aborder Seine, icy jeté promets Par ton Hécate et par ses triples testes Que tous les ans en solennelles festes A jours certains je te feray des jeux, Où sur la lyre à jamais nos neveux
Par vers chantez diront ta renommée ;
Et s'il te plaist espouse estre nommée
D'un fugitif, je te donne la foy
De n'espouser autre femme que toy.
[Tu me diras, douteuse d'espérance,
Qu'un estranger erre sans assurance.
Et que la voile au premier vent qui vient
L'emporte ensemble et sa foy, qui ne tient
Ny jurement nv convenance aucune.
Et que tout fuit au vouloir de Neptune.
Je le sçay bien, mais, las! je ne suis tel.
Tesmoin'en soit le soleil immortel.
Qui de ses yeux toute chose regarde!
Si mon serment envers toy je ne garde ,
Jamais son jour ne me soit departy
Et vif puissé-je en terre estre englouly !
Tu me diras, comme princesse fière,
Que je ne puis assigner ton douère
Que sur la mer, mes erreurs et le vent,
Sur un destin qui me va décevant,
20^ La Franciade.
Qui me promet et jamais ne me baille Qu'un long soucy qui tousjours me travaille. Je le sçay bien , mais c'est beaucoup encor De te donner pour ton beau-oère Hector Pans pour oncle et Priam pour grand-père Qui peust jadis , quand fortune prospère ' Le caressoit, l'Orient surmonter.
Entre les tiens c'est beaucoup de conter Teucre, Assaracet l'ancienne race Du vieil Cardan, qui au ciel a sa place ] Je te supply {a) par ta jeune beauté.
Par ton beau port tout plein de royauté Par ton Orée, et par la vieille teste Du père tien , d'accorder ma requeste.
[Tu le feras; je le juge à tes yeux, Qui sont si beaux , si doux , si gracieux • Puis une dame en vertus admirable, ' Comme tu es , est toujours pitoyable.] »
Ainsi disoit Francus en la louant, ^'f'se qu'elle eut son cœur s'alloit jouant Folle d'esprit; toute femme douée '
De grand' beauté désire estre louée.
Comme un printemps Francus luy paroissoit: Mais rien au cœur si fort ne la pressoit Que le sainct nom du promis maria^re S'en souvenant elle ardoit d'avantage Et consumoit sa vigueur peu à peu Comme la cire à la chaleur du feu '
Elle vouloit, tant le plaisir l'affole, Tout à la fois desgorger sa parole , Et ne pouvoit sa langue demesler, Tant tout d'un coup elle vouloit parler.
a. Var. :
Je te suppW par ta belle lumière,
{^i dans mon cœur flamboyé la première.
Par ton regard. '