‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 87 sur 164 · Livre quatriesme · texte numérisé non relu

Livre quatriesme

Aucunefois , comme un homme qui erre D'esprit troublé , devant ses pieds à terre Fichoit les veux demy-clos et honteux , Aucunefois 'de larmes tous moiteux Les rehaussoit, rabaissoit tout ensemble, Et d'un sousris, qui de douceur ressemble Au plus doux miel [a], et d'un parlant sourcy , Sans dire mot tesmoignoit son soucy; Mais à la fin, en telle peine extresme, Honte la fit consulter en soy-mesme :

« Un mal au mien ne se trouve pareil : En mon malheur j'ay perdu le conseil; Un nouveau feu par force me consomme; Rien n'est si fort que la douleur qu'on nomme Le mal d'aymer {b). Je me travaille en vain , Et si ne puis l'arracher de mon sein.

D'un puissant trait ma raison est forcée. Oste du cœur la flame commencée , Si tu le peux, et, constante, deffens Que les braziers ne s'allument plus grans. Je guarirois si je le pouvois faire; Un Dieu plus fort me repousse au contraire, Du ciel me vient ce désastre fatal.

Je vov le bien, et je choisi le mal.

[Le tfaistre Amour me conseille une chose, Et la raison une autre me propose.

Je ne sçaurois me résoudre, et ne puis Me commander, tant douteuse je suis.]

a. Var. :

Les rehaussait Itvant un peu la face, Et rabaissoit soudain contre la place; Puis d'un sousris...

b. Var. :

Un nouveau soin tient mon ame engourdie. Rien n'est si fort que ceste maladie Qu'on nomme aimer...

^^S La Franciade.

« Pour mon espoux un banni dois-ie suivre M par les vents , par les tempestes , vivre Comme un plongeon porté du flot amer Qui prend sa vie et sa mort dans la mer (a)? Won, ceste terre, où j'ay mon parentale, Me peut donner un riche mariage, Et, sans me perdre, au gré de mon plaisir Je puis en Crète autre mary choisir '

Riche de biens, de race noble et forte Ah! je me trompe, et mon isie ne porte Des fils d Hector, et, quand elle en auroit, INul esgaler sa vertu ne pourroit, Ny sa beauté, ny sa jeunesse tendre Armes d'Amour qui prise me font rendre. Lyaut il pas mieux franche me deslier De tant d'amour, que mon père oublier Pour un fuitif qui n'a point de demeure, De loy de loy ? Mourir puissé-je à l'heure Que, destachant de honte le bandeau Je presseray de mes pieds son bateau,' bans avoir soing des vergogneux diffames Que mes parents, les filles et les femmes, Me jetteroient : Hyante, pour n'avoir Ny jugement, ny raison , ny sçavoir Brute, lascive, amoureuse, insensée' A ses amis et sa terre laissée Pour un banny qui , traitre, la déçoit I] Desja mon cœur son malheur aperçoit.

Par les citez ira ma renommée (b),

a. Var. :

Loin de mon père , avecq un cstranger Qui n'a rien seur , sinon que le danger?

b. Var. :

Je frémis toute et ne suis plus en moy ' Ja car esprit prophète j'aperçoy Qu'en tous endroits ira ma renommée.

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