‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 2)Chapitre 88 sur 164 · Livre QiiATniEsSîE · texte numérisé non relu

Livre QiiATniEsSîE

De bouche en bouche en ver^ongne semée.

Je n'oseray par les danses baller;

Honte et despit retiendront mon parler,

Et, pr les lieux où sera l'assemblée

Des jouvenceaux , j'auray l'ame troublée,

Fable de tous , des tables le propos :

Et lors la terre engloutisse mes os !

[Fuyez, amours, délices, mignardises,

Regards, attraits dont les filles sont prises I

Venez, honneur, pour me servir d'escu;

Venez , vertu , dont Amour est vaincu !]

Que dis-je, helas! il n'a pas la nature

D'homme meschant, et si la conjecture

Ne me déçoit en voyant sâ beauté,

Il n'a le cœur rempli de cruauté.

Au fond de l'ame un rocher il ne porte.

Et ce penser mon travail reconforte.

Au pis aller, c'est un plaisant malheur

De secourir quelc'un en sa douleur ! » Ainsi pensoit, d'amour toute affolée.

Francus vid bien qu'elle estoit esbranlée;

Pource, en touchant son menton derechef.

Et ses genoux, l'adjura par le chef De son Hécate, hostesse familière De ses secrets, d'accorder sa prière.

Hyante son^ à par-soy longuement.

Comme un qui rêve et qui n'a sentiment, Puis en sursaut , de son destin pressée , Se réveilla d'une longue pensée; Loin de son front la honte s'en alla, Et, prenant cœur, ainsin elle parla.

Chaude d'amour qui au sang luy commande :

« Non seulement je feray ta demande, Amy Troyen , et cognoistras par moy Ces puissans rois qui sortiront de toy ; Mais, qui plus est, si tu avois envie D'avoir mon sang, mes poumons et ma vie, Mon estomac en deux je t'ouvrirois, Rcnsard. — ni. ..

210 La Franciade.

Et pour présent je te les offrirois.

Or il te faut pour chose nécessaire Sçavoir devant cela que tu dois faire Afin, Troyen, que les esprits d'embas, Fantaumes vains, ne t'espouvantent pas, Et aue ton ame en rien ne soit atteinte , En les voyant, de frayeur et de crainte. Sortons d'icy, à fin de te monslrer Où les esprits te viendront rencontrer.

ce Lève les yeux, et regarde à main destre; Voy ce vallon tout désert et champestre. Là tu viendras après trois jours, au soir, Quand le soleil en l'eau se laisse choir. Je m'en iray par monts et par valées, Par les forests , par les eaux reculées , Trois jours entiers, loin du regard humain, Couper à jeun, d'une serpe d'airain, Heroes et fleurs, bois, racines et plantes. Puis, invoquant les deitez puissantes, Pluton , Cerbère, Hécate et tous les dieux Qui sont seigneurs des manoirs stygieux, Trois jours finis, au soir, sur la vesprée. Dans le vallon, en la place montrée, J'apparoistray. Sois diligent et caut A préparer ae ta part ce qu'il faut.

« Premièrement, arreste en ta mémoire De ne venir sans mainte brebis noire Qui soit stérile ; ameine à noire peau Vaches et porcs les plus grands du troupeau. Ta robbe soit de couleur noire et veuve; Lave ton corps dans le courant d'un fleuve Par trois matins, et trois fois, en priant, Et l'Occident regarde et l'Orient.

« De masle encens et de souffre qui fume Puant au nez tout le corps te parfume ; Ayes le chef de pavot couronné , Et tout le corps de vervene entourné; Masche du sel, et pour quelque lumière

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