Livre QjJATRiESME
A langue blanche, à qui l'œil tressailloit , Oiîrancie entière où rien ne defailloit, Q^ue le bélier n'avoit jamais cognues , Grasses brebis, bien noires et pelues.
Prit un fuzil, et frappant à maints coups Dru et menu l'acier sur les caillous, En fit sortir mille et mille flammèches , Les nourrissant avec les feuilles sèches , Puis , en soufflant et soufflant peu à peu , De ce genièvre allume un petit feu Qui devint grand , nourry par la pasture Des bois qui sont gommeux de leur nature.
De noir pavot et d'encens parfuma L'air d'alentour ; de Tache il alluma , De la cygue, et faisoit de leurs braises {a) Sortir un flair dont les esprits sont aises : Car ils ne vont ny mangeant ny beuvant, Nourris en Tair de vapeur et de vent.
Sous le vallon s'élevoit un bocage Branche sur branche, espoissi de fueillage , Dont les cheveux par le fer non tondus S'entr'ombrageoient l'un sur l'autre espandus. Percez n'estoient ny de Taube première ,
Le dos du fer encontre les caillous ,
Fit rejaillir sur les estoapes sèches
A poincte vive un milicr de flammèches
Que ialumette au bec de soulfre adonq
Prompte reçeut : la flame vole en-long;
Puis cslargie aviva ('} sa pasture
Des oins gommeux, oui sont secs de nature.
L air d alentour d encens il parfuma D'ache et pavot; en trois lieux alluma Trois feux en rond, faisant loin de leurs braises.
[ 1 ] Rendit vive.
214 La Franciade:,
Ny du midy. Une chiche lumière D'un jour blafard au dedans pallissoit , Et d'ombre triste affreux st herissoit , [Plein de silence et d'horreur et de crainte.
Arbre n'estoit où ne pendist empreinte L'image sainct d'Hécate au triple front , Qui règne en ciel , en terre et au profond].
Prés ce bocage une fosse cavée, A grande gueule en abysme crevée , Béoit au ciel ouverte d'an grand tour, Qui corrompoit la lumière du jour D'une vapeur noire, grasse et pua-nte.
Que nul oiseau de son ail-e volante N'eust sceu passer, tant le ciel ombrageux S'espoiîsissoit d'un air marescageox , Et Je vapeurs pesle-mesle allumées^ A gros bouillons ondoyans de fumées. De là maints cris, maints trainemens de fers, Estoient ouys, souspirail des enfers.
Près cest abysme en horreur desbordée Creusa le lieu profond d'une coudée, De toutes parts l'eslargissant en rond ; Puis la victime attira par le front ^ Les yeux tournez vers l'Occident, et pousse Les noirs taureaux sur le bord de la fousse De la main gauche, et le poil qui vestoit Le front cornu des bestes il jettoit Dedans le creux de la fosse , et r'esDanche Du miel , du vin , de la fariae blanche , Avec du lait, et, brouillant tout cela, Du mandragore au jus froid il mesla (j).
Lors , en tirant de sa gaine y voirine Un long couteau, le cache en la poitrine
a. Var. :
Du vin, du miel, appelant par grans cris Hyante^ Hécate et tous les bas espriti.