‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 139 sur 223 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Reforgez pour jamais le bout de yostre estoc, Le bout de vostre pique en la poincte d'un soc ; Vos lances désormais en vouges soient trempées, Et en faulx désormais courbez-moy vos espées, Et que le nom de Mars, ses crimes et ses faits Ne soient plus entendus, mais le beau nom de Paix. La Paix premièrement composa ce grand monde, La Paix mit l'air, le feu, le ciel, la terre et l'onde En paisible amitié, et la Paix querella ^ Au chaos le Discord, et le chassa de là Pour accorder ce tout; la Paix fonda les villes, La Paix fertilisa les campagnes sterilles ; La Paix dessous le joug fit mugir les taureaux, La Paix dedans les prez fit sauter les troupeaux, La Paix sur les coustaux tira droict à la ligne Les ordres arrangez de la première vigne ; De raisins empamprez Bacche elle environna, Et le chef de Ceres de froment couronna ; Elle enfla tout le sein de la belle Pomonne D'abondance de fruicts que nous produit l'autonne; Elle défaroucha de nos premiers ayeux Les cœurs rudes et fiers, et les fit gracieux, Et d'un peuple vagant es bois à la fortune, Parmy les grand's citez en fit une commune.

Donc, Paix, fille de Dieu, vueille-toy souvenir, Si je t'invoque à gré, maintenant de venir Rompre l'ire des Roys, et pour l'honneur de celle Que Jesus-Christ a faite au monde universelle, Entre son père et nous, repousse de ta main Loin des peuples chrestiens le Discord inhumain Qui les tient acharnez, et veuilles de ta grâce A jamais nous aimer, et toute nostre race.

216 Les Poèmes.

Page 1