‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 141 sur 223 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

On n'oit plus les canons horriblement tonner, Mais la lyre et le luth doulcement resonner Auprès de l'amoureuse, et se nourrir l'oreille Du son, et le baiser en la bouche vermeille. Puis de là sans danger les embusches se font Aux cerfs qui vont portant un arbre sur le front, Aux daims qui sont craintifs; ou de retz on enferme Le sanglier furieux qui cruellement s'arme D'une outrageuse dent, ou l'on poursuit au cours Le chevreul qui a mis en ses pieds son secours. On chante, on saute, on rit par les belles prairies; On fait tournois, festins, masques et momeries; Chacun vit sans contrainte et à son aise aussy, Et du pied contre terre on foule le soucy. (*)

Mais pourquoy m'amuser à chose si petite, Quand les astres du ciel et tout ce qui habite D'escaillé dans la mer, les grands monstres des eaux, Tout ce qui vit en terre, et les légers oiseaux Qui pendus dedans l'air sur les vents se soutiennent, Sont tous remplis d'amour et par luy s'entretiennent.

Quand, pour trop abonder, les elemens divers L'un à l'autre ont discord, tout ce grand univers Languist en maladie et nous monstre par signe Qu'une haine nouvelle offense la machine ; Car l'air qui la reçoit comme subtil et prompt Se deult de telle haine et soudain se corrompt, Et en se corrompant les terres il offense, Versant ores la fièvre, ores la pestilence; Il gaste bleds et vins et respand mille maux Sur l'homme misérable et sur les animaux.

Ainsy quand les humeurs qui nostre corps composent En tranquille amitié dedans nous ne reposent, Mais en se haïssant abondent en discord , Lors vient la maladie et bien souvent la mort, Si le bon médecin ne trouve la manière,

l. Les cinquante-six vers qui précèdent sont supprimés dans l'édition de 1 584.

222 Les Poèmes.

Par art, de les remettre en l'amitié première.

Ainsy par l'amitié "la vie s'entretient,

Et la mauvaise mort par la noise survient;

Or voilà donc combien la paix est trop plus belle

Et meilleure aux humains que n'est pas la querelle.] (')

Sire, je vous suppli' de croire qu'il vaut mieux Se contenter du sien, que d'estre ambitieux Sur les sceptres d'autruy; mal-heureux qui désire Ainsi comme à trois dez hazarder son empire Sous le jeu de Fortune, et auquel on ne sçait Si l'incertaine fin doit respondre au souhait.

Que desirez- vous plus? vostre France est si grande ! L'homme qui n'est content et qui tousjours demande, Quand il seroit un Dieu, est mal-heureux d'autant Que tousjours il désire et n'est jamais contant.

Bien! imaginez-vous des Flamans la victoire! Quel honneur auriez-vous d'une si pauvre gloire, D'avoir un Roy chrestien, comme vous, enchainé, Et par vostre Paris en triomphe mené? (2) Il vaudroit mieux chasser le Turc hors de la Grèce Qui misérable vit sous le joug de destresse, Que prendre un Roy chrestien, ou que meurtrir de coups Un peuple en Jesus-Christ baptisé comme vous.

Il vaudroit beaucoup mieux, vous qui venez sur l'âge Ja grison, gouverner vostre royal mesnage, Vostre femme pudique et vos nobles enfans, Qu'acquérir par danger des lauriers triomphans ; (a)

a. Var. (Édit. posth.) :

Et vos petits enfans encorcs aux berceaux, Qu'acquérir par danger des sceptres tout nouveaux;

i . Ce long passage, sauf les cinquante-six vers signalés plus haut, se trouve dans toutes les éditions données par l'auteur. Le tout n'a complètement disparu que dans les éditions posthumes.

2. C'est quand Philippes Auguste ayant vaincu les Flamans amena sur une litière enchaisné Ferrand.

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