‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 142 sur 223 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Il vaudroit beaucoup mieux joyeusement bien vivre, Ou bastir vostre Louvre, ou lire dans un livre, Ou chasser es iorests; que tant vous travailler, Et pour un peu de bien si long temps batailler. Que souhaittez-vous plus? La Fortune est muable; Vous avez fait de vous mainte preuve honorable. Il suffit, il suffit; il est temps désormais Fouler la guerre aux pieds et n'en parler jamais. Pensez-vous estre Dieu? L'honneur du monde passe : Il faut un jour mourir quelque chose qu'on face ; Et après vostre mort, tussiez-vous empereur, Vous ne serez non-plus qu'un simple laboureur.

Donc, Sire, puis que Dieu (qui de vostre couronne Et de vous a pris soin) Paix, sa fille, vous donne, Présent qu'il n'avoit fait aux Princes vos ayeux, Gardez-la tousjours bien ; il vous enrichist mieux Que s'il avoit domté par une longue guerre Dessous vostre pouvoir l'Espagne et l'Angleterre. Sus donc embrassez-la, et embrassez aussi Cest honneur de Lorraine et de Montmorency, Qui, par divers moyens d'une entreprise sage, l/ont faite à vostre honneur et à vostre avantage.

0 Paix fille de Dieu ! qui nous viens réjouyr Comme l'aube du jour qui fait r'espanouyr Avecques la rosée une rose fleurie Que l'ardeur du soleil avoit rendu' flétrie ; Apres la guerre ainsi venant en ce bas lieu, Tu nous as réjouis, ô grand' fille de Dieu !

Chasse je te suppli' la guerre et les querelles Bien loin du bord chrestien dessur les Infidèles, Turcs, Parthes, Mammelus, Scythes et Sarrasins, Et sur ceux qui du Nil sont les proches voisins. Pends nos armes au croc, et en lieu des batailles Attache à des crampons les lances aux murailles, Et que le coutelas au sang humain souillé, Pendu d'une couraye au fourreau soit rouillé, Et que le corcelet au plancher se moisisse, Et l'araigne à jamais ses filets y ourdisse.

224 Les Poèmes.

Donne-nous que celuy qui sera le moyen Entre ces deux grands Roys (') de rompre le lien, Meure trahy des siens d'une playe cruelle, Et qu'aux champs les mastins luy succent la cervelle; Que ses enfants bannis puissent mourir de faim D'huis en huis, sans trouver qui leur jette du pain.

Donne-nous que celuy qui mettra soin et peine De te faire régner, voye sa maison pleine De faveurs et de biens, et qu'il voye fleurir Ses enfants en honneur avant que de mourir.

Donne-nous tout cela ; donne-nous d'avantage, Afin que le repos n'énerve le courage De Henry, nostre Roy, en jeux voluptueux, Qu'il soit pour tout jamais (comme il est) vertueux; Que son esprit s'addonne aux choses d'importance, Et qu'imitant son père il aime la science, Afin qu'au temps de paix il fleurisse en sçavoir Autant qu'il fit en guerre en force et en pouvoir.

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