‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notes (volume 3)Chapitre 211 sur 223 · A MARC ANTOINE DE MURET · texte numérisé non relu

A MARC ANTOINE DE MURET

Pasteur, il ne faut que tu viennes Amener tes vaches icy, De peur qu'au soir avec les tiennes Tu ne remmenés ceste-cy.

Je n'ay de vache la figure ; Mais Myron, m'attachant? me mit Dessus ce pilier, par despit Que j'avois mangé sa pasture.

Je suis la vache de Myron, Bouvier, et non pas feinte image ; Pique mes flancs d'un aiguillon, Et me mesnes en labourage.

Pourquoy, Myron, m'as-tu fait stable Sur ce pilier? ne veux-tu pas Me descendre et mener là-bas Avec les autres en l'estable?

Si un veau m'avise, il cri'ra ;

Si un taureau, il m'aimera;

Et si c'est un pasteur champestre,

Aux champs me voudra mener paistre.

Bien que sur ce pilier je sois Par Myron en airain pourtraite, Comme les bœufs je mugirois S'il m'avoit une langue faite.

Un tan, en voyant la figure De ceste vache, fut moqué :

« Je n'ay jamais, dit-il, piqué Vache qui eust la peau si dure. »

Icy Myron me tient serrée :

Sur moy frappent les pastoureaux, Cuidans que je sois demeurée Après le reste des taureaux.

Veau, pourquoy viens-tu seulet Sous mon ventre pour teter?

L'art ne m'a voulu prester Dans les mammelles du lait.

Pourquoy est-ce que tu m'enserres, Myron, sur ce pilier taillé?

Si tu m'eusses un joug baillé, Je t'eusse labouré tes terres.

Pourveu qu'on ne mette la main Sur mon dos, quoy qu'on me regarde De prés ou de loin, on n'a garde De dire que je sois d'airain.

Si Myron mes pieds ne détache, Dessus ce pilier je mourray ; S'il les détache, je courray Par les fleurs, comme une autre vache.

Page 1