A JEAN BELOT
Agenois, Maistre des Requestes de l'hostel du Roy.
Belot, parcelle, ains le tout de ma vie, Quand je te vy, je n'avois plus envie De voir la Muse, ou danser à son bal, Ou m'abreuver en l'eau que le cheval D'un coup de pied fit sourçoyer de terre.
Peu me plaisoit le laurier qui enserre Les doctes fronts, le Myrte Paphien, Ny la fleur teinte au sang Adonien, Ny tout l'esmail qui le printemps colore, Ny tous ces jeux que la jeunesse honore; Mais au contraire, et malade et grison J'aimois sans plus l'aise de ma maison, Le doux repos, quittant la poésie Que j'avois seule en jeunesse choisie Pour soulager mon coeur qui bouillonnoit Quand de son trait Amour l'aiguillonnoit, Comme venin glissé dedans mes veines, Entremeslant un plaisir de cent peines,
54 Les Poèmes.
[Pour acquérir ensemble et des grands Rois Faveurs et biens et du peuple la voix, Et d'estre, jeune, en passant par la rue, Monstre de tous, avant que l'âme nue Laissant son hoste aux cieux s'en retournast Et de longs jours mon voyage bornast.
Toute louange après la mort vient tarde; Heureux qui jeune en jouist et la garde Comme j'ay fait; car et jeune et vivant Le bon renom mon labeur fut suivant, Ayant en vie acquis par la doctrine L'honneur qui naist après la Libitine.
Et toutes fois par changements divers Je haïssois les Muses et les vers, Par qui j'avois acquis la renommée De tous costez en la France semée. ]
Je ne faisois, allègre de séjour, Fust au coucher, fust au lever du jour, Qu'enter, planter, et tirer à la ligne Le sep tortu de la joyeuse vigne Qui rend le cœur du jeune plus gaillard, Et plus puissant l'estomach du vieillard.
Cerés nourrit, Bacchus réjouit l'homme; C'est pour cela que Bon-pere on le nomme.
Or pour autant que le père Evien A bonne part au mont Parnasien, Tousjours pourtrait dans le temple des Muses, Pour ses vertus en nos âmes infuses, Comme prophète et poète et vineux Je l'honorois d'artifice soigneux, Ne cultivant, ou fust jardin ou prée, Devant le sep de la vigne sacrée.
Il a rendu salaire à mon labeur, De sa fureur me remplissant le cœur.
Car comme dit ce grand Platon, ce sage, Quatre fureurs brûlent nostre courage, Bacchus, Amour, les Muses, Apollon, Qui dans nos cœurs laissent un aiguillon