‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 101 sur 163 · VŒU AU SOMME · texte numérisé non relu

VŒU AU SOMME

Ode IV.

Somme, le repos du monde, Si d'un pavot plein de l'onde Du grand fleuve oblivieux Tu veux arrouser mes yeux , Tellement que je reçoive Ton doux présent qui déçoive Le long séjour de la nuit , Qui trop lente pour moy fuit ,

Je te voue une peinture Où l'effet de ta nature Sera pourtrait à l'entour, S'entresuivant d'un long tour Tous les songes et les formes Où la nuict tu te transformes Pour nos esprits contenter, Ou pour les espouvanter.

A grand tort Homère nomme Frère de la mort le somme, Ronsard. — II.

2j8 Odes.

Qui charme tous nos ennuis Et la paresse des nuits, Voire que nature estime Comme son fils légitime.

Le soin qui les rois espoint L'esprit ne me ronge point; Toutefois la tarde aurore Me void au matin encore Parmy le lict travailler, Et depuis le soir veiller.

Vien donques, somme, et distile En mes yeux ton onde utile, Et tu auras en pur don Un beau tableau pour guerdon.

ODE Vin.

Mais que me vaut d'entretenir Si chèrement un souvenir Qui, hoste de mon cœur, le ronge, Et tousjours me fait devenir Rêveur comme un homme qui songe }

Ce n'est pas moy, c'est toy, mon cœur, Qui , pour allonger ma langueur, Desloyal envers moy te portes , Et, pour faire un penser vainqueur.

De nuict tu luy ouvres mes portes.

Tu ne te sçaurois excuser Que tu ne viennes m'abuser.

Et qu'à tort ne me sois contraire, Qui veux mon party refuser Pour soustenir mon adversaire.

Mais en qui me dois-jefier, Quand, chetif, je me voy lier

QjJATRiESME Livre.

De mes gens qui me viennent prendre

Pourestre fait le prisonnier

De ceux qui me devroient défendre ?

Ce penser n'eust logé chez moy

S'il n'eust eu traficq avec toy; Sors, cœur, de ta place ancienne; Puis que tu m'as rompu ta foy, Je te veux rompre aussi la mienne.

Sors doncq , si tu ne veux périr De telle mort gu'on fait mourir Le soudart qui rompt sa foy vaine, Pour aller, traistre , secourir L'ennemf de son capitaine.

A CASSANDRE

Ode IX.

(j uand je suis vingt ou trente mois

>^Sans retourner en Vendomois , Plem de pensées vagabondes.

Plein d'un remors et d'un souci , Aux rochers je me plains ainsi,' Aux bois , aux antres , et aux ondes :

Rochers, bien que soyez âgez De trois mil ans, vous ne changez Jamais ny d'estat ny déforme; Mais tousjours ma jeunesse fuit , Et la vieillesse qui me suit De jeune en vieillard me transforme.

Bois, bien que perdiez tous les ans En hy ver vos cheveux mouvans , L'an d'après qui se renouvelle Renouvelle aussi vostre chef;

26o Odes,

Mais le mien ne peut de rechef Ravoir sa perruque nouvelle.

Antres, je me suis veu chez vous Avoir jadis verds les genous, Le corps habile et la main bonne; Mais ores j'ay le corps plus dur, Et les genous, que n'est le mur Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promenez, Et vous menez et ramenez Vos flots d'un cours qui ne séjourne; Et moy, sans faire long séjour.

Je m'en vais de nuict et de j,our.

Au lieu d'oii plus on ne retourne.

Si est-ce que je ne voudrois Avoir esté ni roc ni bois , Antre ni onde , pour défendre Mon corps contre l'âge emplumé :

Car, ainsi dur, je n'eusse aimé Toy qui m'as fait vieillir, Cassandre.

LE RAVISSEMENT DE CEPHALE Divisé en trois pauses.

■ Ode X.

Première pause.

L'hyver, lors que la nuict lente Fait au ciel si long séjour, Une vierge vigilante S'éveilla devant le jour; Puis, par les antres humides Où les Dieux dormoient enclos,

Q^UATRIESME LiVRE. 26 l

Hucha les sœurs Nereïdes

Qui ronfloient au bruit des flots :

« Sus, réveillez-vous, pucelles!

Le sommeil n'a jamais pris Les yeux curieux de celles Qui ont un œuvre entrepris. »

Geste parolle mordante Leur front si honteux a fait, Que jà chacune est ardante Que l'ouvrage soit parfait.

D'une soye non commune, Et d'un or en Cypre esleu, Elles brodoient à Neptune Le tissu d'un manteau bleu, Pour mener Thetis la belle Où les Dieux sont jà venus , Et oij son mary l'appelle, Aux doux presens de Venus.

Au vif traite y fut la terre En boule arrondie autour.

Avec la mer qui la serre De ses bras tout à i'entour.

Au milieu d'elle une orage Mouvoit ses flots d'ire pleins.

Pâlies du futur naufrage Les mariniers estoient peints.

Desarmée est leur navire Du haut jusqu'au fondement , Çà et là le vent la vire, Serve à son commandement.

Le ciel foudroyé , et les fiâmes Tombent d'un vol escarté , Et les longs esclats des rames Vont léchant de leur clarté.

[La mer pleine d'inconstance Bruit d'une bouillonnante eau.

Et, toute dépite, tance Les flancs du vaincu bateau.

i(:)2 Odes.

D'une soie et noire et perse Cent nues entrelaçoient Qui d'une longue traverse Tout le serein effaçoient.

Si que la pluie et la gresie, Le vent et les tourbillons, Se menacent pèle mêle Sur les humides sillons.

Les bords, en voix effroyantes, Crient d'être trop lavés Des tempestes aboyantes Autour de leurs pieds caves.]

Neptune y fut peint luy-mesme Brode d'or, cjui, du danger Tirant le marmier blesme.

L'eau en l'eau faisoit ranger.

Les troupes de la mer grande Sont leur prince environnans, Palemon, Glauque, et la bande Des Tritons bien résonnants.

Luy, les brides abandonne A son char, si au'en glissant Sur la mer, ses îoix il donne Au flot luy obéissant; Et, se jouant dessus l'onde, Se monstre seul gouverneur Et roy de l'humide monde Qui s'encline à son honneur.

Elles cessoient de pourtraire De verd , de rouge et vermeil.

L'arc qui s'enflame au contraire Des sagettes du soleil , Quand Naïs de sa parolle Feit ainsi resonner l'air; De sa voix doucette et molle Le sucre sembloit couler.

QjJATRiESME Livre. 26^

Seconde pause.

Réveillez-vous , belle Aurore.

Lente au lict vous sommeillez, Et avecques vous encore Le beau matin réveillez.

Ainsi le dolent Cephale Vous soit amiable et dous.

Et, laissant sa femme pasle, Daigne aller avecque vous.

Le fils de Venus, compagnes.

Ce cruel archer qui peut L'air, la mer et les campagnes Gesner d'amour, quand il veut, D'une ruse deceptive Nostre Aurore en-amoura.

Si bien que d'elle captive Ses trophées honora.

Elle, qui a de coustume D'allumer le jour, voulant L'allumer, elle s'allume D'un brandon plus violant.

Passant les portes décioses Du ciel, elle alloit devant, Çà et là versant des roses Au sein du soleil levant.

Son teint de nacre et d'yvoire Le matin embellissoit, Et du comble de sa gloire L'orient se remplissoit; Mais Amour, en son courage, N'endura qu'un si beau teint Ne sentist un peu la rage Dont les amants il atteint.

Contre la belle il s'efforce, Et , luy tenant les yeux bas , Luy fit voir d'en haut,. par force.

264 Odes.

Ce que voir ne devoit pas :

Elle vid dans un bocage Cephale, parmy les fleurs, Faire un large marescage De la pluye de ses pleurs.

« 0 ciel ! disoit-iî , ô Parque !

Avancez mon jour dernier, Et m'envoyez en la barque De l'avare nautonnierl Je hay de vivre l'envie, Ce monde m'est odieux.

Puis que j'ay tué ma vie, A quoy me. gardent les dieux ?

« 0 javelot exécrable!

Tu m'es tesmoin aujourd'huy Qu'on ne void rien de durable En ce monde que l'ennuy 1 »

Ainsi disant, il se pâme Sur le corps qui trespassoit.

Et les reliques de l'ame De ses lèvres amassoit.

L'Aurore, au dueil de sa plainte, Malade, perd sa couleur, Et toute se sent estrainte Des lacs de mesme douleur.

Par une nouvelle porte, En elle le dard vainqueur Entra d'une telle sorte Qu'il se fit roy de son cœur.

Ses mouelles sont ja pleines D'un appétit desreiglé, Et nourrit au fond des veines Un feu d'amour aveuglé; Ja le ciel elle desprise, Et plus d'aimer n'a souci De Tithon la barbe grise, L'Orient, ny elle aussi.

Cephale, qui luy retourne

Q^UATRIESME LIVRE. 26^

En l'ame pour Toffenser, Au plus haut sommet séjourne De son malade penser, Et dedans l'ame blessée La fièvre luy entretient Ores chaude, ores glacée.

Selon que Taccez la tient.

En vain elle dissimule Ne sentir le mal qui croist.

Car la flame qui la brusle Claire au visage apparoist; Au pourpre que honte allume Par rayons dedans son teint,.

On void qu'outre sa coustume Son cœur est pris et atteint.

Si tost par la nuict venue Les cieux ne sont obscurcis, Qu'elle couche à terre nue Sans abaisser les sourcis; Car l'amour qui l'éguillonne Ne souffre que le dormir En proye à ses yeux se donne ; Elle ne fait que gémir,

Et, bien que de loin absente De l'absent Cephale soit, Comme s'elle estoit présente, En son esprit l'apperçoit ; Ores prompte en ceci pense, Et ores pense en cela; Sa trop constante inconstance Ondoyé deçà et là.

Mais quand le paresseux voile De la nuict quitte les cieux, Et que nulle et nulle estoile Plus ne se monstre à nos yeux , Elle fuit eschevelée Portant bas le front et l'œil , Et par bois et par valée

iGG Odes.

Lasche la bride à son dueil.

[D'herbes l'ignorante essaie De dompter le mal enclos.

Mais pour néant, car la plaie Est jà compagne de l'os. Aux augures ell' prend garde, Aux charmeurs et à leurs vers , Ou bien , béante, regarde Le fond des gésiers ouverts ,

Pour voir si en quelque sorte Pourra tromper sa douleur ; Mais nulle herbe, tant soit forte, N'a diverti son malheur :

Car le mal qui plus s'encherne Et moins veut estre dompté Les vagues brides gouverne Du cœur par lui surmonté.]

Amour, qui causa la peine De telle arclante amitié, La voyant d'ennuy si pleine, En eut luy-mesme pitié, Et, guidant la foible Aurore, La meine où Cephale estoit , Qui sa femme morte encore A longs souspirs regrettoit.

L'eshontée maladie La vierge tant pressa là, Qu'à la fin toute hardie A Cephale ainsi parla :

a Pourquoy pers-tu de ton âge Le printemps à lamenter Une froide et morte image Qui ne te peut contenter?

Elle à la mort fut sujette.

Non pas moy, le sang des dieux ; Non pas moy, nymphe qui jette Les premiers rayons aux cieux ; Reçoy-moy donques , Cephale ,

Q UATRIESME LiVRE. 267

Et ta basse qualité D'un estroit lien é^ale A mon immortalité. »

Luy, desdaignant sa prière, Fuit la suppliante vois, Et tout despit en arrière S'escarta dedans les bois :

Elle, comme amour la porte, Vole après et çà et là, Le presse et ja sa main forte Deaans ses cheveux elle a;

Puis comme un aigle qui serre Un lièvre en ses pieds donté, En luy faisant perdre terre.

Par force au ciel l'a monté, Oij avecques luy encores Est maintenant à séjour, Et bien peu se soucie ores De nous allumer le jour.

Troisiesmc pause.

Ainsi Tune de la bande Mettoit fin à son parler, Quand le Dieu marin demande Sa robe pour s'en-aller; D'elle richement s'habille, S'agençant de mains et d'yeux, Pour mener en-poinct sa fille A l'assemblée des dieux ,

Où Themis, la grand" prestresse , Pleine d'un esprit ardant, La tirant hors de la presse Luy dit en la regardant :

« Bien qu'Inon soit ta compagne, Reçoy pourtant doucement Ton mary, et ne desdagne Son mortel embrassement.

268 Odes.

Ains que soit la lune entière Dix fois, tu dois enfanter Un qui donnera matière Aux poètes de chanter. Le monde pour un tel homme N'est pas assez spacieux; Ses vertus reluiront comme Les estoiles par les cieux.

Il passera de vistesse Les lyons, et nul soudart Ne trompera la rudesse De son homicide dard, Prompt à suivre comme foudre Sa main au sang souillera De Telephe, et sur la poudre Mille roys despouillera;

Et si fera voir encore, Tant ses coups seront pesans, Au noir enfant de l'Aurore Les enfers devant ses ans; Et après avoir de Troye Le fort rampart abatu , Ilion sera la proye Des Grecs et de sa vertu. »

Ode XL

Ma douce jouvence est passée, Ma première force est cassée, J'ay la dent noire et le chef blanc; Mes nerfs sont dissous, et mes veines, Tant i'ay le corps froid , ne sont pleines Que a'une eau rousse en lieu de sang.

Adieu, ma lyre; adieu, fillettes, Jadis mes douces amourettes.

Q^ AT RI ES ME Livre. 269

Adieu, je sens venir ma fin ; Nul passetemps de ma jeunesse Ne m'accompagne en la vieillesse, Que le feu, le lict et le vin.

J'ay la teste toute estourdie De trop d'ans et de maladie; De tous costez le soin me mord, Et, soit que j'aille ou que je tarde, Tousjours après moy je regarde Si je verray venir la mort.

Qui doit, ce me semble, à toute heure Me mener là bas, oij demeure Je ne sçay quel Pluton, qui tient Ouvert à tous venans un antre, Oii bien facilement on entre, Mais d'où jamais on ne revient.

Ode XII.

Pourquoy, chetif laboureur, Trembles tu d'un empereur Qui doit bien tost, légère ombre, Des morts accroistre le nombre?

Ne sçais-tu qu'à tout chacun Le port d'enfer est commun, Et qu'une ame impériale Aussi tost là bas dévale Dans le bateau de Charon Que l'âme d'un bûcheron ?

Courage, coupeur de terre!

Ces grands foudres de la guerre Non plus que toy n'iront pas Armez d'un plastron là bas Comme ils alloient aux batailles :

Autant leur vaudront leurs mailles,

270 Odes.

Leurs lances et leur estoc, Comme à toy vaudra ton soc.

Car le juge Rhadamante, Asseuré, ne s'espouvante Non plus de voir un harnois Là bas qu'un levier de bois , Ou voir une souquenie Qu'une cape bien garnie, Ou qu'un riche accoustrement D'un roy mort pompeusement.

Ode XIIL

Les espics sont à Cerès, Aux Chèvre-pieds les forêts, A Chlore l'herbe nouvelle, , A Phebus le verd laurier, A Minerve l'olivier, Et le beau pin à Cybelle;

Aux Zephyres le doux bruit, A Pomone le doux fruit.

L'onde aux Nymphes est sacrée, A Flore les belles fleurs; Mais les soucis et les pleurs Sont sacrez à Cytherée.

Ode XIV (>).

Le petit enfant Amour Cueilloit des fleurs à l'entour D'une ruche, où les avettes Font leurs petites logettes.

Comme il les alloit cueillant.

Imitée d'Anacréon.

QjjATRiESME Livre. 271

Une avette sommeillant Dans le fond d'une fleurette, Luy piqua la main tendrette.

Si tost que piqué se vit, Ah! je suis perdu, ce dit; Et, s'en-courant vers sa mère, Luy monstra sa playe amere :

Ma mère, voyez ma main, Ce disoit Amour tout plein De pleurs, voyez quelle enflure M'a fait une esgratignure !

Alors Venus se sou-rit.

Et en le baisant le prit.

Puis sa main luy a souflée Pour guarir sa plaie enflée.

Qui t'a, dy-moy, faux garçon , Blessé de telle façon ?

Sont-ce mes Grâces riantes , De leurs aiguilles poignantes?

Nenny, c'est un serpenteau.

Qui vole au printemps nouveau Avecques deux ailerettes Çà et là sur les fleurettes.

Ah! vrayment je le cognois.

Dit Venus; les villageois De la montagne d'Hymette Le surnomment une avette (û).

Si donques un animal Si petit fait tant de mal , Quand son halesne espoinçonne La main de quelque personne.

Combien fais-tu de douleurs Au prix de luy, dans les cœurs De ceux contre qui tu jettes Tes homicides sagettes ?

Var. 1584:

Le surnomment Mêlissette.

272 Odes.

Ode XV.

Chaste troupe pierienne , Qui de l'onde hippocrenienne Tenez les rives, et le mont D'Heme, et les verdoyans bocages De Pinde, et les antres sauvages Du sainct Parnasse au double front !

Vous de l'eau poissonneuse fille, Qui dans le creux d'une coquille Vinstes à Cypre, et qui Gnidon Gouvernez, et Paphe et Cythere, Venus , la fiere-douce , mère De ce bon enfant Cupidon !

Vous, Grâces, d'une escharpe ceintes.

Qui dessus les montaignes saintes De Colche , ou dans le fond du val Soit d'Amathonte, ou soit d'Erie, Toute nuict sur l'herbe fleurie En un rond démenez le bal !

Et vous Dryades, et vous Fées, Qui de joncs simplement coifées Nagez par le cristal des eaux.

Et vous qui les prenez à force, Faunes, qui vivez sous l'écorce Et dans le tronc des arbrisseaux (ii),

Ornez ce livre de lierre.

Ou de myrthe , et loin de la terre S'il vous plaist enlevez ma vois;

a. Var. 1587 :

Fendant des 'fleuves les entorses, Et qui naissez sous les escorces , Ames vertes des arbrisseaux.

Q^ATRiESME Livre. 27^

Et faites que tousjours ma lyre D'âge en âge s'entende bruire Du More jusques à l'Anglois.

Ode XVI (I).

Nagueres chanter je voulois Comme Francus au bord gaulois Avec sa troupe vint descendre ; Mais mon luth pincé de mon doy Ne vouloit en despit de moy Que chanter amour et Cassandre.

Je pensois (d'autant que tousjours J'avois dit sur luy mes amours) Que ses cordes par long usage Chantoient d'amour, et qu'il falloit En mettre d'autres s'on vouloit Luy apprendre un autre langage.

Et pour ce faire il n'y eut fust, Archet ne corde qui ne fust Echangée en d'autres nouvelles; Mais après qu'il fut remonté, Plus fort que devant a chanté De Venus les flammes cruelles.

Or, adieu donc, pauvre Francus, Ta gloire sous tes murs vaincus Se cachera tousjours pressée, Si à ton neveu nostre Roy Tune dis qu'en l'honneur detoy Il face ma lyre crossée.

Imitation de la première d'Anacreon. (R.)

Ronsard. — II. 18

274 Odes.

Ode XVII.

De neuf à dix syllabes.

Chère Vesper, lumière dorée De la belle Vénus Cytherée , Vesper, dont la belle clarté luit Autant sur les astres de la nuit Que reluit par dessus toy la lune; O claire image de la nuict brune, En lieu du beau croissant tout ce soir Donne lumière, et te laisse choir Bien tard dedans la marine source.

Je ne veux, larron , oster la bourse A quelque amant, ou comme un meschant Voleur, dévaliser un marchant, Je veux aller outre la rivière Voir m'amie; mais sans ta lumière Je ne puis mon voyage achever.

Sors doncques de l'eau pour te lever, Et de ta belle nuitale flame Esclaire au feu d'amour qui m'enflame.

Ode XVIII.

Dieu vous gard , messagers fidelles Du printemps, gentes arondelles, Huppes, cocus, rossignolets, Tourtres , et vous oiseaux sauvages, Qui de cent sortes de ramages Animez les bois verdelets.

Dieu vous gard , belles pâquerettes, Rp'Ies roses, belles fleurettes ,

QjJATRiESME Livre. 275

De Mars, et vous boutons cognus Du sang d'Ajax et de Narcisse ; Et vous, thym, anis et mélisse, Vous soyez les bien revenus.

Dieu vous gard , troupe diaprée De papillons , qui par la prée Les douces herbes suçotez ; Et vous, nouvel essain d'abeilies, Qui les fleurs jaunes et vermeilles Indifféremment baisotez.

Cent mille fois je resaiue Vostre belle et douce venue ; O que j'aime ceste saison Et ce doux caquet des rivages.

Au prix des vents et des orages Qui m'enferraoient en la maison !

[Sus, page, à cheval ! que l'on bride! Ayant ce beau printemps pour guide , Je veux ma dame aller trouver Pour voir, en ces beaux mois , si elle Autant vers moi sera cruelle Comme elle fut durant l'hyver. ]

Ode XXI.

Bel aubespin verdissant , Fleurissant , Le long de ce beau rivage , Tu es vestu jusqu'au bas Des longs bras

D'une lambrunche sauvage.

Deux camps drillants de fourmis

Se sont mis En garnison sous ta souche ;

276 Odes>

Et dans ton tronc mi-mangé

Arrangé Les avettes ont leur couche.

Le gentil rossignolet ,

Nouvelet , Avecques sa bien-aimée, Pour ses amours alléger

Vient loger Tous les ans en ta ramée.

Sur ta cyme il fait son ny,

Bien garny De laine et de fine soye , Oii ses petits esclorront ,

Qui seront De mes mains la douce proye.

Or vy, gentil aupespin,

Vy sans fin , Vy sans que jamais tonnerre , Ou la coignée , ou les vents ,

Ou les temps , Te puissent ruer par terre.

A REMY BELLEAU

Ode XX(>).

Du grand Turc je n'ay souci , Ny du grand soldan aussi ; L'or ne maistrise ma vie, Aux roys je ne porte envie; J'ay souci tant seulement De parfumer cointement

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