‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 11 sur 163 · A la mode ancienne, avec des pleureux à louage. (R · texte numérisé non relu

A la mode ancienne, avec des pleureux à louage. (R

3. Qui se faisoient entre les Romains le neuviesme jour du decez, et pour cest effect estoient appeliez novendiales ludi.

Premier livre. 31

Une ombre de quinze brasses.

Tout le sang qui lui froidit Le cœur, que la peur enserre, Le corps tout plat lui roidit.

Dessus l'étrangère terre Une voix par l'air s'oùit, Q ui les sens lui éblouit, Lui chantant sa destinée, Qui jà déjà le hàtoit, D'autant qu'au ciel elle estoit Par arrêt déterminée.

Strophe V.

Mon fils, dit l'ombre, prends bien garde Que ce pays ne te retarde , Ny tes labeurs , tant soient ils durs. Mais fuy ces champs , mais fuy ces rives , Afin que, paresseux, ne prives Les tiens de leurs honneurs futurs.

Je voy desja fleurir ton los En ce pays ou la Dunoue Traîne en la mer ses larges flots Et par les champs la Seine noue.

Sus Tune tu dois maçonner Une autre Troye, et luy donner Le nom de Sicambre, où ta race Usera quelque temps d'espace.

Mais sus l'autre non seulement Mille ans borneront sa demeure ; Car le ciel veut qu'elle y demeure, Et demeure éternellement.

Antistrophe.

Après que par le veuil céleste La pale famine et la peste

32 Odes.

Auront tes soldats esclaircis, Eux, quittant leur ville malade, Sous toi faits nouvelle peuplade, Peupleront des champs mieux assis.

Ton bras adonque poussera Si courageusement tes bandes Qu'à coups d'épée il froissera Les rois des terres allemandes, Et, comme un guide diligent, Bien plus loin conduiras ta gent, Outre le Rhin, tant qu'elle arrive De Seine à la fertile rive Dans la gauloise nation, Et là fera sa demourance Changeant le nom de Gaule à France Pour l'honneur de toi, Francion.

Epodc.

Si le Ciel m'a fait bien seur Des paroles qu'il m'inspire, Tu auras pour successeur Maint neveu digne d'empire; Maints rois de toi sortiront.

Dont les vertus manifestes Parmi les princes luiront Comme au ciel les feux célestes.

Entre eux un Henry je voy, Des meilleurs le meilleur roy.

Qui finira sa conqueste Aux deux bords où le soleil S'endort et fait son réveil.

Penchant et dressant sa teste.

Strophe VI.

France, par luy victorieuse, Ne sera point tant glorieuse

Premier livre.

De son Clovis ni de Martel, Ni de son Charlemagne encore, Comme je vcy qu'elle s'honore' Dans les vertus d'un prince tel.

C'est ce Henry qui bastira Les pergames de nostre ville, Qui plus jamais ne sentira Le fer meurtrier d'un autre Achille.

Aussi le destin ne veut pas Que le Grec là retombe à bas.

Afin que ta race éternelle Eternellement vive en elle, Grosse d'empires et d'honneur, Enfantant triomphes et gloires.

Mille lauriers, mille victoires,' Ayant tel roy pour gouverneur.

Antistrophe.

Ainsi dit l'ombre, et le tonnerre.

Tombant du côté gauche à terre.

Qui de trois feux la tombe éprit , Elança trois flammes subites.

Ratifiant les choses dites Et par Cassandre et par l'esprit.

Adonc Francion étonné Dedans son cœur pense et revire L'augure qui lui est donné.

Pour le hâter, en son navire, Ayant son oncle interrogué, En haute mer il a vogue; Tant et tant l'ardeur l'importune De courir après la fortune Pour le veuil des dieux éprouver.

Fuy-donc , Troyen , toi et ta bande !

Si ton neveu me le commande, J'iray bientôt te retrouver.] Ronsard. — II.

Odes,

Epode.

Muse, repren l'aviron Et racle la prochaine onde Qui nous baigne à l'environ^ Sans estre ainsi vagabonde.

Tousjours un propos desplaist Aux aureilles attendantes Si plein outre reigle il est De paroles abondantes (')- Celuy qui en peu de vers Estraint un sujet divers Se met au chef la couronne.

De ceste fleur que voicy, Et de celle et celle aussi La mousche son miel façonne.

Strophe vil.

Diversement, ô paix heureuse, Tu es la garde vigoureuse Des peuples et de leurs citez; Des royaumes la clef tu portes, Tu ouvres des villes les portes , Serenant leurs adversitez.

Bien qu'un prince voulust darder Les flots armez de son orage , Et tu le viennes regarder, Ton œil appaise son courage; L'effort de ta divinité Commande à la nécessité,

1. Parce qu'il s'estoit comme perdu dans le discours d'un suject estranger; ainsi souvent parle Pindare. (R.)

2. C'est-à-dire si, outre son principal sujet, il en reçoit d'autres par induction ; comme en cet endroit que l'autheur s'est eschappé sur le discours de la Franciade , combien que son but ne tende qu'à louer la paix. (R.)

Premier livre. 3j

Ployant sous ton obéissance; Les hommes sentent ta puissance, Alléchez de ton doux repos.

De l'air la vagabonde troupe T'obeyt, et celle qui coupe De Teschine l'azur des flots.

Antistrophe.

C'est toy qui dessus ton eschine Soustiens ferme ceste machine, Medecinant chaque élément, Quand une humeur par trop abonde, Pour joindre les membres du monde D'un contrepois également.

Je te salue, heureuse Paix, Jeté salue et re-salue, Toy seule , Déesse , tu fais Que la vie soit mieux voulue.

Ainsi que les champs tapissez De pampre ou d'espics hérissez Désirent les filles des nues Après les chaleurs survenues, Ainsi la France t'attendoit, Douce nourricière des hommes , Douce rosée qui consommes La chaleur qui trop nous ardoit.

Epode.

Tu as esteint tout l'ennuy Des guerres injurieuses.

Faisant flamber aujourd'huy Tes grâces victorieuses.

En lieu du fer outrageux.

Des menaces et des fiâmes, Tu nous rameines les jeux.

Le bal et l'amour des dames ,

36 Odes.

Travaux mignars et plaisans A l'ardeur des jeunes ans.

0 grand roy non imitable, Tu nous aumosnes cecy, Ayant creu Montmorency (i) Et son conseil véritable (2) ;

Strophe VII.

Lequel, mettant en évidence, Les saincts trésors de sa prudence, Ne s'est jamais accompagné Du sot enfant d'Epimethée (5), Mais de celuy de Promethée (4), Par longues ruses enseigné.

Et certes un tel serviteur Mérite que ta main royale Recontre-balance un grand heur A sa diligence loyale.

Il me plaist or' de descocher Mes traits thebains pour les lâcher, Montmorency, dedans ta gloire, Afin que je te face croire Que la nourriture d'un roy (î)

1 . Lors connestable , le plus grand et le plus sage seigneur de son temps. (R.)

2. A la différence de ceux dont l'ambition trahissoit desja le prince et l'Estat par conseils déguisez. (R.)

3. Epimethée et Promethée etoient frères. Ils furent les deux premiers ouvriers des hommes {dissimili manu) : car ceux de Promethée sont prudens ; ceux d'Epimethée, au contraire, sont grossiers et sans esprit. (R.)

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