‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 123 sur 163 · I . Feu monsieur de la Haye, docte personnage et maistre · texte numérisé non relu

I . Feu monsieur de la Haye, docte personnage et maistre

des requestes ordinaires de l'hostel du roy. (R.)

CiNQj-'iESME Livre. ?n

Si bien que quelquefois !e i mr Tu ne travailles au sejoi r De l'oiseux travail de la Muse.

Qu'est-il rien aussi de plus doux r A quel sucre égalerons-nous Ta nectareuse poésie?

Seule elle passe les appas Et du miel et les doux repas Du nectar e\. de l'ambroisie.

Les Amours n'aiment tant les pleurs, La tnousche ne suit tant les fleurs , Ne les veinqueurs tant les couronnes, La Hâve, comme tu poursuis Les doctes Muses, que tu suis Comme tes plus chères mignonnes.

Nul mieux que toy, parmy les bois, Ne contrefait leur belle vois, Et nul par les roches hautaines Ne les va mieux accompagnant, Ne mieux près d'elle se baignant Sous le crystal de leurs fontaines.

Nul mieux sous les rais de la nuit.

Quand la lune en son plein reluit, Sur l'herbe avec elles ne dance.

Suivantes le pouce divin De ce grand Alcée angevin (0 Qui devant sonne la cadance.

Toy lors , couronné du lien Que donne l'arbre delien.

Ores tu prens plaisir d'élire Le premier rang, or' le milieu.

Entre elles marchant comme un dieu Qui s'égaye au son de la lyre.

Et toutefois, estant ainsi

I. Du Bellav, qu'il appelle Alcée à cause de ses Regret où excellemment 11 taxe les mœurs de son temps . selon q les sujecTs s'en presentoient à luv. 'R.'

334 Odes.

De ces pucelles le souci, Tu veux bien faire un contr'eschange De tes vers latins, qui sont d'or, Aux miens moindres qu'airain encor', Indignes de telle louange:

Car, bien que nostre âge ait loué Le premier vers que j'ay joué.

Pourtant je n'eusse pris l'audace De te respondre ou de tenter Ma lyre, qui ne sçait chanter Pour toy qu'une chanson trop basse.

Mais ce bon père au double chef, Qui l'an ramène derechef, D'une inconstance coustumiere, M'a commandé de la sonner Telle qu'elle est , pour estrener La foy de nostre amour première.

Si j'avois les butins heureux Que le marchant avantureux Arrache du sein de l'Aurore, Tu les aurois , et les sablons Qui roulent et riches et blons En l'eau que la Phrygie honore;

Ou, si j'estois assez subtil Pour animer par un outil La toile muette ou le cuivre, Mon art t'offriroit ces presens ; Mais ces dons-là contre les ans Ne te sçauroient faire revivre.

Pren donc mes vers, oui valent mieux, Et les reçoy comme les dieux Reçoivent par leur bonté haute Les humbles presens des mortels , Qui de biens chargent leurs autels.

Et si n'en eurent jamais faute. =.^

CiNQjJiESME Livre. 335

Page 1