ODE IX
Çj ui par gloire ou par mauvaistié, ^V^Ou par nonchalante paresse, Aura tranché de l'amitié Le saint nœud qui deux âmes presse, A celuy d'une loy expresse Je defens qu'en nulle saison Ne se loge dans ma maison , Et qu'avec moy sus le rivage, Compagnon d'un mesme voyage, Poilu , ne coupe le lien Qui tient Thosteliere navire.
Car Jupiter le Philien(2) Quelquefois avecque le pire Punit le juste, et peu souvent On void la vangeresse peine Souffrir, comme boiteuse et vaine Le meschant s'échapper devant.
Que sert à l'homme de piller Tous les printemps de l'Arabie, Et de ses moissons despouiller Soit la Sicile ou la Libye ^ Ou desrober l'Inde annoblie Aux trésors de son bord gemmé , S'il n'aime et s'il n'est point aimé, Si tout le monde le dédaigne, Si nul second ne l'accompaigne, Soliciteux de son amv.
I. Qui prend soin des amîtiez et qui les défend, car les anciens ont attribué divers epithetes et surnoms à Jupiter, selon la diversité des sujects qu'ils ont voulu faire passer ^ous sa protection. (R.)
Comme un Patrocle pitoyable Suivoit Achille , fust parmy La nue la plus effroyable Des Lyciens, lors qu'odieux Contre Priam souffloit son ire , Fust quand, paisible, sus la lyre Chantoit les hommes et les Dieux ?
Le temps, qui a commandement, Sur ces grand's masses sourcilleuses, Qui devallent leur fondement Jusques aux ondes sommeilleuses, Ne les menaces orgueilleuses Des fiers tyrans, ne sçauroient pas Escrouler ne ruer à bas La ferme amour que je te porte, Tant elle est en sa force forte ; Et, si avec toy librement Je ne puis franchir les montagnes Qu'Annibal cassa durement , Haineux des latines campagnes, Pourtant ne mesprise ma foy.
Car l'aspre soin qui m'enchevestre, Seul m'alente, et m'engarde d'estre Prompt à voler avecque toy.
Mais, s'il te plaist de retenir Ta fuite disposte et légère Jusqu'au temps qu'on void revenir L'aronde, des fleurs messagère, De prompte jambe voyagere Je te suivray, fust pour trouver L'onde où Phebus vient abreuver Ses chevaux suans de la course, Ou du Nil l'incertaine source.
Mais, si le désir courageux Te pique tant qu'il t'importune De forcer l'hyver outrageux Et la saison m.al-opportune , Marche, fuy, va légèrement;
C1NQ.LMESME Livre. ;^7
L'oiseau Menalien Mercure, Le Dieu qui des passans a cure, Te puisse guider dextrement.
Ces meurtriers pelotions volans Que l'orage par les monts boule Ne te soient durs ni violans; Ny l'eau qui par ravines coule Du jus de la neige qui roule Demeure coye sans broncher Quand tu voudras en approcher; La froide gorge Thracienne Et la pluyeuse Libyenne Serrent leurs vents audacieux; Que rien sur les monts ne resonne Fors un Zephyre gracieux Imitant ton luth quand il sonne; Phebus aussi, qui a cognu Combien son poète te prise, Clair, par les champs te favorise.
Et sa sœur au beau front cornu.
Quand tu te seras approché Des belles plaines d'Italie, Vy, Lignery, pur du péché Qui l'amitié première oublie :
N'endure que l'âge deslie Le nœud que les Grâces ont joint.
0 temps où l'on ne souloit point Courir à l'onde hyperborée!
Telle saison fut bien dorée En laquelle on se contentoit De voir de son toict la fumép Lors que la terre onuTiiee ; D'un autre^^^'^eui"^^^ alors, ^^tels d'innocence naïve, 5;SLissoientrlenquelari^^^^^^^ Et les^ancs de leurs prochains bords.
Tu me diras à ton retour Ronsard. — ^^'
Combien de lacs et de rivières
Et de rampars ferment le tour
De tant de grosses villes fieres ;
Quelles citez vont les premières
En brave nom le plus vanté,
Et par moi te sera chanté
Ma Franciade commencée,
Si le Roy meurit ma pensée.
Tandis sur le Loir te suivrai
Un petit taureau que je voue
A ton retour, qui ja sevré
Tout seul par les herbes se joue ,
Blanchissant d'une note au front(i);
Sa marque imite de la Lune
Les feux courbez, quand l'une et l'une
De ses deux cornes se refont.