I. Doucement amadouer. (R
40 Odes.
Ils n'ont point le japer si beau
Que leur caquet te force à croire
Qu'un blanc habit orne un corbeau ,
Ou bien que la neige soit noire ;
Ton jugement cognoist assez
Les vers qui sont bien compassez,
Et ceux qui traînent une envie,
Et ceux qui languissent sans vie,
Enrouez, durs et mal-plaisans.
Par trait de temps les flateurs meurent,
Mais les beaux vers tousjours demeurent
Opiniastres sur les ans.
Antistrophe.
Prince, je t'envoye ceste ode , Trafiquant mes vers à la mode Que le marchand baille son bien.
Troque pour troq'. Toy qui es riche, Toy, roy des biens , ne sois point chiche De changer ton présent au mien.
Ne te lasse point de donner, Et tu verras comme j'accorde L'honneur que je promets sonner Quand un présent dore ma corde.
Presque le loz de tes ayeux Est pressé du temps envieux , Pour n'avoir eu l'expérience Des Muses ne de leur science; Mais le rond du grand univers Est plein de la gloire éternelle Qui fait flamber ton père en elle Pour avoir tant aime les vers.
Epode.
Dieu vueille continuer Le sommet de ton empire Et jamais ne le muer.
Premier livre. 41
Eschangeant son mieux au pire.
Dieu vueille encor' dessous toy Donter l'Espagne afFoiblie, Gravant bien avant ta loy Dans le gras champ d'Italie.
Avjenne aussi cjue ton fils, Survivant ton jour prefis, Borne aux Indes sa victoire, Riche de gain et d'honneur.
Et que je sois le sonneur De l'une et de l'autre gloire.