‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 138 sur 163 · ODE NON MESURÉE · texte numérisé non relu

ODE NON MESURÉE

A Gaspard d'Auvergne (1550).

Soyon constans, et ne prenon souci Quel jour suyvant poussera cestuy-ci ; Jetton au vent, mon Gaspard , tout l'affaire Dont nous n'avon que faire.

Pourquoy m'iray-je enquérir des Tartares

Et des païs estranges et barbares,

Quand à grand peine ay-je la cognoissance

Du lieu de ma naissance?

Volontiers l'ignorant

Va tousjours s'enquerant

Du ciel, plus haut que luy.

Las! malheur sur les hommes!

Nais au monde ne sommes

Que pour nous faire ennuy.

C'est se mocquer de genner et de poindre Le bas esprit des hommes, qui est moindre Que les conseils de Dieu, ou de penser Sa volonté passer.

Tousjours en luy metton nostre espérance , Et en son Fils nostre ferme asseurance. Au demeurant, allon avec le temps

Heureusement contens.

A l'homme qui est né

Peu de temps est donné

Pour se rire et s'esbatre.

Nous l'avons; ce-pendant

Qu'allons-nous attendant.?

Un bon jour en vaut quatre.

Soit que le ciel de foudres nous despite, Ou que la terre en bas se précipite;

RETRANCHEES. ?99

Soit que la nuict devienne jour qui luit,

Soit que le jour soit nuit, Jamais de rien n'auray frayeur ne crainte, Comme asseuré que la pensée sainte De l'Eternel gouverne en équité

Ce monde limité.

Le Seigneur de là-haut

Cognoist ce qu'il nous faut

Mieux que nous tous ensemble.

Sans nu! égard d'aucun,

Il départ à chacun

Tout ce que bon luy semble.

Je t'apprendray, si tu veux m'escouter,

Comment Tennuy d'un cœur se peut outer, Et ce que tient la tristesse cruelle

D'importune séquelle.

Tu ne seras convoiteu.x d'amasser Le bien qui doit si vitement passer, Comme trésors, honneurs et avarices,

Escolles de tous vices :

Car c'est plus de refraindre

Son désir que de joindre

L'ourse au midy ardant,

L'Escosse sablonneuse

A l'Arabie heureuse.

Ou l'Inde à l'Occident.

Tu dois encor éviter, ce me semble.

Faveurs des roys et des peuples ensemble : De leurs mignons tousjours quelque tempeste

Vient foudroyer la teste.

Ce n'est pas tout : avecques providence Fais un amy, dont l'heureuse prudence Te servira de secours nécessaire

Contre l'heure adversaire.

Ton cœur bien préparé.

De force remparé.

En la fortune adverse,

400 Odes

Patience prendra; En la bonne, craindra Que l'heur ne le renverse.

Après i'hyver, la saison variable Pousse à son rang le printemps amiable. Si aujourd'huy nous sommes soucieux,

Demain nous serons mieux.

Tousjours de l'arc Apollon ne moleste Le camp des Grecs pour leur tirer la peste ; Aucune-fois, tout paisible, réveille

Sa harpe, qui sommeille.

En orage outrageux

Tu seras courageux;

Puis, si bon vent te sort,

Tes voiles trop enflées,

De la faveur souflées,

Conduiras, sage, au port. .

Après avoir prié, devotieux,

Les deux jumeaux qui décorent les cieux,

De tousjours luire, au fort de la tempeste.

Sur le haut de la teste.

L'un escrimeur en vers tu descriras.

L'autre donteur des chevaux tu diras, Ou pour leur sœur la querelle ennemie

D'Europe et de l'Asie.

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