‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 139 sur 163 · ODE NON MESURÉE · texte numérisé non relu

ODE NON MESURÉE

Au Mesme (1550).

Puis que la Mort ne doit tarder Que prompte vers moy ne parvienne, Trop humain suis pour me garder Qu'espouvanté ne m'en souvienne, Et qu'en mémoire ne me vienne Le cours des heures incerténes,

RETRANCHEES. 40 1

Gaspar, qui , aux bords de la Vienne, As rebasti Rome et Athènes.

En vain l'on fuit la mer qui sonne Contre les goulfres, ou la guerre, Ou les vents mal-sains de l'automne , Qui souflent la peste en la terre, Puis que la Mort, qui nous enterre, Jeunes nous tue, et nous conduit Avant le temps au lac qui erre Par le royaume de la Nuict.

L'avaricieuse Nature Et les trois Sœurs filans la vie Se deulent quand la créature Dure long-temps, portant envie A la fleur, qui si tost dévie, La créant rose du printemps, A qui la naissance est ravie Et la grâce tout en un temps.

L'un devient goûteux, l'autre hectique; L'autre n'attend que le cyprès, Et celuy qui fut hydropique Guarit pour retomber après.

Nous sommes humains tout exprés Pour avoir le cœur outragé D'un aigle , qui le voit d'auprès Naistre à fin qu'il soit remangè.

Bien-tost sous les ombres, Gaspar, La Mort nous guidera subite.

N'or ny argent, de telle part, Ne font que l'homme ressuscite.

Diane son cher Hippolyte N'en tire hors, ains gist parmy La troupe où Thesé se dépite Qu'il n'en peut ravoir son amy.

L'homme ne peut fuir au monde Le certain de sa destinée.

Le marinier craint la fiere onde, Le soldat la guerre obstinée, Ronsard. — II. 26

Et n'ont peur de voir terminée Leur vie sinon en tels lieux; Mais une mort inopinée Leur a tousjours fermé les yeux.

Dequoy sert donc la médecine Et tout le gaiac estranger, User d'onguens ou de racine, Boire bolus ou d'air changer, Quand cela ne peut allonger Nos jours contez? Où cours-tu. Muse, Repren ton stile plus léger Et à ce grave ne t'amuse.

Page 1