‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 140 sur 163 · A JACQUES PELLETIER DU MANS · texte numérisé non relu

A JACQUES PELLETIER DU MANS

Des beautés qu'il voudroit en s'amie (i J50) [i].

Ode non mesurée.

rj uand je seroy si heureux de choisir ^s^Maistresse selon mon désir,

Mon Peletier, je te veux dire

Laquelle je voudrois eslire Pour la servir, constant à son plaisir.

L'âge non meur, mais verdelet encore ,

Est l'âge seul qui me dévore

Le cœur d'impatience atteint.

Noir je veux l'œil et brun le teint, Bien que l'œil verd toute la France adore.

J'aime la bouche imitante la rose Au lent soleil de may déclose; Un petit tetin nouvelet Qui se fait déjà rondelet,

I. Cette ode, la première que Ronsard ait composée, avoit paru avant 1550 dans le Recueil des poésies de Jacques Pelletier du Mans.

Et sur l'yvoire eslevé se repose ;

La taille droitte à la beauté pareille,

Et dessous la coife une aureille

Qui toute se monstre dehors;

En cent façons les cheveux tors; La joue égale à l'Aurore vermeille ;

L'estomac plein ; la jambe de bon tour,

Pleine de chair tout à l'entour,

Que volontiers on tâteroit;

Un sein qui les dieux tenteroit, Le flanc haussé, la cuisse faite au tour;

La dent d'yvoire, odorante l'haleine,

A qui s'égaleroyent à peine

Les doux parfums de la Sabée,

Ou toute l'odeur dérobée Que l'Arabie heureusement ameine;

L'esprit naïf, et naïve la grâce;

La main lascive, ou qu'elle embrasse

L'amy en son giron couché,

Ou que son lut en soit touché, Et une voix qui mesme son lut passe ;

Le pied petit, la main longuette et belle,

Dontant tout cœur dur et rebelle.

En un ris qui , en découvrant

Maint diamant, allast ouvrant Le beau séjour d'une grâce nouvelle ; Qu'ell' sceut par cœur tout cela qu'a chanté

Pétrarque , en amour tant vanté ,

Ou la Rose si bien escrite,

Et contre les femmes despite.

Par qui je fus des enfance enchanté;

Quant au maintien, inconstant et volage,

Folâtre et digne de tel âge,

Le regard errant çà et là ;

Un naturel avec cela Qui plus que l'art misérable soulage.

404 Odes

Je ne voudrois avoir en ma puissance A tous coups d'elle jouissance; Souvent le nier un petit En amour donne l'appétit,

Et fait durer la longue obéissance.

D'elle le temps ne pourroit m'estranger, N'autre amour, ne l'or estranger, Ny à tout le bien qui arrive De l'Orient à nostre rive

Je ne voudrois ma Brunette changer,

Lors que sa bouche à me baiser tendroit, Ou qu'approcher ne la voudroit Feignant la cruelle faschée, Ou , quand en quelque coin cachée,

Sans l'aviser prendre au col me viendroit.

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