‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 141 sur 163 · A MACLOU DE LAHAYE · texte numérisé non relu

A MACLOU DE LAHAYE

Ode kon mesurée (i 5^0).

Maclou, amy des Muses, En la musique expert, Pour néant tu t'amuses.

Le temps en vain se pert , Menant un dueil apert :

Il vaut mieux que tu jettes Les mordantes sagettes Qui ton cœur vont grevant Aux Scythes, ou aux Gétes, Ou encor plus avant.

Ceux à qui point n'agréent Tes beaux ars tant connus.

Et qui ne se recréent De voir les Silvains nus.

Et les pères cornus Pendre au haut d'un rocher,

Doivent bien se fascher, Non toy, dont poésie Peut le soin arracher Hors de ta fantasie.

Et quoy ! je voy tes yeux Moites d'un pleur amer ; Soit quand Phebus aux cieux Vient le jour allumer, Ou quand dedans la mer Ses chevaux il abreuve.

Gémissant je te treuve La fin de ton malheur, Puis que ne bois ne fleuve N'appaise ta douleur.

Donc la faveur du monde Te fait désespérer.

Laquelle on peut à l'onde Justement comparer, Qui ne sçauroit durer Une heure sans orage.

Appren à ton courage Voler ainsi qu'il faut; Par ceste aisle le sage S'en-vole aux Dieux là haut.

Il est vray que la court Des princes est aimable , Mais long temps on y court Sans fortune amiable.

Sor de là , pitoyable ; Quand la mort se courrousse , Sans égard elle pousse A bas un empereur De la mesme secousse Qu'eir fait un laboureur.

La vertu qui ordonne Aux bons immortel nom N'a baiilé la couronne De laurier pour renom

4o6 Odes

A nul homme sinon Qu'à celuy qui n'a garde De prendre l'or en garde , Vivant du sien contant , Et à qui le regarde D'un œil ferme et constant.

C'est plus de commander Sur les affections, Qu'aux princes d'amender De mille nations.

Qui de ses passions Est maistre entièrement, Celuy vit seulement, N'eust-il qu'un toict de chaume , Et plus asseurément Qu'un roy de son royaume.

Quand nostre vie humaine Longue en santé seroit , Chaqu'un à juste peine Des biens amasseroit , Et point n'offenseroit ; Mais pour vie si brève Faut-il tant qu'on se grève D'amasser et d'avoir .?

Matin le jour se lève Pour mourir sus le soir.

0 soin meurtrier, encores Que l'on s'allast cacher Bien loin outre les Mores, Tu nous viendrois chercher Pour nous nuire et fascher.

Le gendarme en sa troupe Tout seul te porte en croupe, Et tu te vas cachant Jusqu'au fond de la poupe , Compagnon du marchand.

Donques puis que l'envie Et l'avarice forte

Sont bourreaux de la vie De l'homme qui les porte, Mon amy, je t'enhorte De les chasser ; entens A te donner bon temps , Fuy les maux qui t'ennuyenL Qu'est-ce que tu attens ?

Les ans légers s'enfuyent.

Le temps bien peu durable, Tout chauve par derrière, Demeure inexorable S'il franchit sa carrière.

L'infernale portière Hoche de main égale La grand cruche fatale; Soit tost ou tard , le sort Viendra vers toy tout pale Pour t'annoncer la mort-

Donques un jour ne laisse Voler sans ton plaisir.

L'importune vieillesse Court tost pour nous saisir- Tandis qu'avons loisir, Tes amours anciennes Chantons avec les miennes; Ou bien, si bon te semble, N'entonnon que les tiennes Sur nos fleutes ensemble.

Pour tuer le souci Qui rongeoit ton courage , Asséons nous ici Sous ce mignard ombrage.

Voy près de ce rivage Quatre nymphes qui viennent, A qui tant bien aviennent Leurs corsets simplement , Et leurs cheveux qui tiennent A un nœud seulement.

4o8 Odes

Hé, quel pasteur sera-ce Qui au prochain ruisseau Ira rincer ma tasse Quatre ou cinq fois en l'eau ?

D'autant ce vin nouveau Efface les ennuis Et fait dormir les nuis ; Autrement la mémoire De mes maux je ne puis Estrangler qu'après boire.

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