A FRÈRE RENÉ MACÉ
Vendomois, excellent poète historiographe françois (1550)
Cependant que tu nous dépeins Des François la première histoire , Desensevelissant la gloire Dont nos ayeux furent si pleins ,
Horace et ses nombres divers Amusent seulement ma lyre , A qui j'ay commandé de dire Ce chant pour honorer tes vers.
Je les entens desja tonner Parmy la France, ce me semble , Et voy nos poètes ensemble D'un tel murmure s'estonner.
J'entrevoy desja la lueur Des bien estincellantes armes Chasser en fuite les gensdarmes ^ Et les chevaux pleins de sueur.
Icy le More est abatu , Et là le vaillant Charlemaigne , Tenant le fer au poing, enseigne Aux siens à suivre sa vertu.
C'est là le vray enfantement De ta grave héroïque Muse ,
Qui, toute enflée, ne s'amuse Qu'à deviser bien hautement.
Mais moy, petit et mal appris, Ayant basse et pauvre la veine , Je façonne avec grande peine Des vers qui sont de peu de prix.
Tels qu'ils sont , Macé , toutesfois Je veux qu'ils tesmoignent ta gloire, Et commandent à la mémoire Que tu vives plus d'une fois.
Ils chanteront à nos neveux Comme tu allas aux montaignes D'Helicon voir les sœurs compaignes Et Apollon aux beaux cheveux ,
Et comme la charmante vois De tes douces et braves rimes Les força de quitter leurs dmes Pour habiter le Vendosmois.
A SON LICT (isso)-
Lict , que le fer industrieux D'un artisan laborieux A façonné presque d'un égal tour Qu'à ce grand monde encerne tout autour,
Où celle qui m'a mis le mors De ses beaux doits foiblement fors Entre mes bras se repose à séjour, Et chaque nuit égale au plus beau jour. Qui vit jamais Mars et Venus Dans un tableau portraits tous nus .
Des doux amours la mère estroittement Tiens Mars lassé, qui laisse lentement Sa lance tomber à costé , D'un si plaisant venin donté ,
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Et, la baisant, presse l'yvoire blanc.
Bouche sur bouche , et le flanc sur le flanc.
Celuy qui les a veus ainsy
Nous peut imaginer aussy, M'amie et moy, en éprouvant combien Se recoller ensemble fait de bien (^),
Deçà et là d'un branle doux Le châlit tremblant comme nous, Ainsi qu'on voit des bleds le chef mouvant Sous le souspir du plus tranquille vent.
Ha! que grand tort te font les Dieux
Qui ne te logent en leurs cieux!
Tu leur ferois plus d'honneur que ne font Un chien, un cancre et deux ours qui y sont(^).
LES PEINTURES D'UN PAYSAGE (ij^o).
Tableau, que l'éternelle gloire D'un Apelle avouroit pour sien , Ou de quelqu'autre dont l'histoire Célèbre le nom ancien , Tant la couleur heureusement parfaite A la nature en son mort contrefaite ;
Où la grand' bande renfrongnée Des cyclopes laborieux
a. Var. (1560) :
Celuy qui les a veu portraits
Peut sur nous contempler les traits De leurs plaisirs, lors que m'amie et moy Tous nuas au lict faisons je ne sçay quoy.
b. Var. (1560):
Tu leur ferois un ornement plus beau
Que n'est leur chien, leur asne et leur corbeau.
Est à la forge embesongnée ,
Qui d'un effort industrieux Haste un tonnerre, afin d'armer la dextre De ce grand Dieu que Saturne ait fait naistre.
Trois, sur l'enclume gémissante
D'ordre égal le vont martelant ,
Et d'une tenaille pinçante
Tournent l'ouvrage estincelant; Vous les diriez qu'ils ahanent et suent , Tant de grands coups dessur l'enclume ruent.
En trois rayons de pluye torte
Tout le tonnerre est finissant ,
En trois de vent qui le supporte ,
Et en trois de feu rougissant ; Ores de peur, ores de bruit, et ore D'ire et d'éclair on le polit et dore.
Les autres deux soufflets entonnent ,
Qui dans leurs grands ventres enflez
Prennent le vent , et le redonnent
Par compas aux charbons soufflez.
Le métal coule, et dedans la fournaise Comme un estang se répand en la braise.
Un peu plus haut parmy les nues,
Enflées d'un vague ondoyant ,
Le père ses flèches connues
Darde aval d'un bras foudroyant ; Le feu se suit, et, saccageant l'air, gronde, Faisant trembler le fondement du monde.
Entre l'orage et la nuit pleine
De gresle , martelant souvent,
Un pilote cale à grand' peine
Sa voile trop serve du vent.
La mer le tance , et les flots irez baignent De monts bossus les cordes qui se plaignent.
Les longs traits des flammes, grand erre
En forme de lances errans ,
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Lèchent l'estomac de la terre , Aux bords des fleuves éclairans ; Et la forest, par les vens depessée, Egale aux champs sa perruque baissée.
A costé gauche de l'orage Junon sa colère celant, De Venus emprunte l'ouvrage , Son beau demi-ceint excellant ,
Et, le ceignant, sa force coustumiere
Tire Jupin à l'amitié première.
Là les Amours sont portraits d'ordre , Celuy qui donte les oiseaux , Celuy qui chaleureux vient mordre Le cœur des dauphins sous les eaux.
Leandre , proye à la mer inhumaine, Pendu aux flots noue où l'amour le meine.
Junon , tenant les mains esparses ,
De son mary presse le sein ;
Luy, qui s'enfle ses veines, arses
De trop d'amour dont il est plein, Baise sa femme , et sur l'heure fait naistre Le beau printemps , saison du premier estre.
De l'Océan l'image emprainte Contraint ses portraits fmissans; D'azur verdoyant elle est peinte , Et d'argent ses flots blanchissans , Où les dauphins aux dos courbez y nouent , Et sautelans à mille bons se jouent.
Au milieu de l'onde imprimée
Comme grandes forests on voit
S'eslever la navale* armée
Que Charles à Thunis avoit ; Les flots , batus des avirons qui sonnent, Contre les flancs de cent barques resonnent.
Environné d'une grand' trope, Son pouvoir le rend orgueilleux ,
RETRANCHEES. 4I 3
Trainant les forces de l'Europe
Avec soy d'un bras mer%-eilleux.
L'Espagne y est, et les peuples qui vivent Loin dessous TOurse, et les Flamans, le suivent.
Près de Thunis, sur le bord More,
L'Africain, aveugle au danger,
La mer verte en pourpre colore
Au sang du soldat estranger ; Mars les anime, et la Discorde irée, Trainant sa robbe en cent lieux déchirée.
Tout au bas, d'une couleur pale
Est repeint l'empereur romain ,
Craignant nostre Roy, qui égale ^
Les dieux par les faits de sa main ; Mais pour néant , car de Henry la lance Ja-ja captif le traine dans la France.
Paris tient ses portes décloses,
Recevant son Roy belliqueur;
Une grande nue de roses
Pleut à Tentour du chef vainqueur; Les feux de joye icy et là s'allument, Et jusqu'au ciel les autels des dieux fument.
A PHEBUS,
LU Y VOUANT SES CHEVEUX ( I J jo).
Dieu crespelu {a) (qui autrefois , Banni du ciel , parmy les bois D'Admete gardas les taureaux , Fait compagnon des pastoureaux), Mes cheveux j'offre à tes autels; Et, bien qu'ils ne soient immortels,
a. Var. (i 560) :
Dieu perruquier.
414 Odes.
Ils te seront doux et plaisans, Pour estre la fleur de mes ans.
Mainte fille, par amitié, En a souhaité la moitié Pour s'en orner; mais je ne veux, 0 Phœbus, roy des beaux cheveux!
Rien de ma part te présenter Dont quelqu'un se puisse vanter :
Car c'est toy qui n'as dédaigné De m'avoir seul accompaigné Quand dès le berceau j'allai voir Tes compaignes, dont le sçavoir M'a tellement ravy depuis , Que je ne sçay si je me suis Ivre de leur ruisseau amy, Car sur le bord je m'endormy.
A mon réveil, il me sembla Qu'un chœur de vierges s'assembla, Et que Calliope aux beaux yeux, La Muse qui chante le mieux, Pour présent son luth me donna.
Qui depuis le premier sonna Dedans la France les façons De joindre le lut aux chansons.
A MAGDELEINE Ayant mari vieillart (1550).
Les fictions dont tu décores L'ouvrage que tu vas peignant D'Hyacinth', d'Europe, et encores De Narcisse se complaignant De son ombre le dédaignant,
Ne sont pas dignes de la peine Qu'en vain tu donnes à tes doits :
Car plustost, soit d'or, soit de laine.
Ta toile peindre toute pleine De ton tourment propre tu dois.
Quand je te voy et voy encore Ce vieil mary que tu ne veux, Je voy Tithon et voy l'Aurore, Luy dormir, elle ses cheveux Tresser d'un laqs doré comme eux {a),
Pour aller chercher son Cephale; Et, quoy qu'il soit alangoré De voir sa femme morte et pale, Si suit-il celle qui égale Les roses d'un front coloré.
Parmy les bois errent ensemble, Se soûlant de plaisir; mais, las!
Jamais le jeune Amour n'assemble Un vieillard de Venus si las A un printemps tel que tu l'as.