‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 143 sur 163 · DE LA VENUE DE L'ESTÉ · texte numérisé non relu

DE LA VENUE DE L'ESTÉ

Au SEIGNEUR DE BONNIVET {l^S^)-

Desja les grand's chaleurs s'esmeuvent, Et presque les fleuves ne peuvent '-'Les peuples escaillez couvrir; Ja void-on la plaine, altérée Par la grande torche etherée, De soif se lascher et s'ouvrir.

L'estincelante canicule.

Qui ard, qui cuit, qui boult, qui brûle, L'esté nous darde de là haut , Et le Soleil, qui se promeine Par les bras du Cancre, rameine Ces mois halez d'un si grand chaut.

a. Var. (i 560) :

Refrisoter de mille nœuds.

4i6 Odes

Icy, la diligente troupe Des mesnagers par ordre coupe Le poil de Ceres jaunissant, Et là , jusques à la vesprée, Abat les honneurs de la prée, Des beaux prez l'honneur verdissant.

Cependant leurs femmes sont prestes D'asseurer au haut de leurs testes Des plats de bois et des baris, Et, filant, marchent par la plaine Pour aller soulager la peine De leurs laborieux maris.

Si-tost ne s'éveille l'Aurore Que le pasteur ne soit encore Plustost levé qu'elle, et alors Au son de la corne réveille Son troupeau, qui encor sommeille Dessus la fraische herbe dehors.

Parmy les plaines descouvertes, Par les bois et les rives vertes, Paist le bestail , ores courant Entre les fleurs Apollinées, Or' entre celles qui sont nées Du beau sang d'Adonis mourant.

Sur les rives des belles ondes.

Les jeunes troupes vagabondes.

Les rilles des troupeaux lascifs, De fronts retournez s'entrechocquent Devant leurs pères, qui s'en mocquent, Au haut du prochain tertre assis.

Mais, quand en sa distance égale Et le soleil , et la cigale Enrouement espand sa vois, Et que nul Zephyre n'haleine Tant soit peu les fleurs en la plaine, Ne la teste ombreuse des bois,

Adonc le pasteur entre-lasse Ses panniers de torse pelasse,

Ou il englue les oiseaux, Ou, nu comme un poisson, il noue Et avec les ondes se joue, Cherchant le plus profond des eaux.

Si l'antique fable est croyable, Erigone la pitoyable En tels mois alla luire aux cieux En forme de vierge , qui ores Reçoit dedans son sein encores Le commun œil de tous les Dieux,

Œil incogneu de nos valées.

Où les fontaines dévalées Du vif rocher vont murmurant , Et oij mille troupeaux se pressent , Et le nez contre terre baissent, Si grande chaleur endurant.

Sous les chesnes oui refraischissent , Remaschent les bœufs , qui languissent Au piteux cry continuel De la génisse qui lamente L'ingrate amour dont la tourmente Par les bois son taureau cruel.

Le pastoureau , qui s'en estonne , S'essaye, du tlageol qu'il sonne, De soulager son mal ardent ; Ce qu'il fait tant qu'il voye pendre Contre-bas Phœbus , et descendre Son chariot en l'Occident.

Et lors de toutes parts r'assemble Sa troupe vagabonde ensemble, Et la convoyé aux douces eaux , Laquelle en les beuvant ne touche Sans plus que du haut de la bouche Le premier front des pleins ruisseaux.

Puis au son des douces musettes Marchent les troupes camusettes.

Pour aller trouver le séjour.

Où les aspres chaleurs déçoivent Ronsard. — II. 27

4i8 Odes

Par un dormir qu'elles reçoivent Lentement jusqu'au poinct du jour.

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