‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 144 sur 163 · A CHARLES DE PISSELEU · texte numérisé non relu

A CHARLES DE PISSELEU

EVESQUE DE CONDOM (l^SO) ['].

VOUS faisant de mon escriture La lecture, Souvent à tort m'avez repris De quoy si bas je composoye ,

Et n'osoye Faire un œuvre de plus haut pris.

Tout esprit gaillard qui s'efforce

N'a la force De polir les livres parfaits; Les nerfs foibles souvent se treuvent ,

S'ils espreuvent Plus que leur charge un pesant faix.

Qui pensez-vous qui puisse escrire

L'ardente ire D'Ajax, le fils de Telamon, Ou d'Hector rechanter la gloire,

Ou l'histoire De la race du vieil Emon }

Toute Muse pour tragédie

N'est hardie A tonner sur un eschaffaut, Ne propre à rechanter la peine

D'erreur pleine De ce Grégeois qui fut si caut.

1 . Cette ode fut dédiée ensuite à Jacques Grévin, puis enfin Ronsard remplaça le nom de Grévin, avec qui il s'étoit fâché (Voy. pag.4?6 , par celui de Grujet, probablement Claude de Grujet, Parisien, éditeur des Nouvelles de la reine de Navarre.

Adieu donc, enfans de la terre,

Qui la guerre Entreprinstes contre les Dieux ! Ce n'est pas moy qui vous raconte ,

Ne qui monte Avecque vous jusques aux cieux.

Quant est de moy, j'aime ma mode

Par mainte ode Mon renom ne périra point.

Les autres de Mars diront l'ire,

Mais ma lire Bruira l'amour qui me point.

AUX MOUCHES A MIEL, Pour cueillir des fleurs sur la bouche de Cassandre (i ^o)

Où allez-vous , filles du ciel, Grand miracle de la nature ?

Où allez-vous, mouches à miel , Chercher aux champs vostre pasture ?

Si^vous vouiez cueillir les fleurs D'odeur diverse et de couleurs, Ne volez plus à l'avanture.

Autour de Cassandre halenée De mes baisers tant bien donnez Vous trouverez la rose née , Et les œillets environnez Des florettes ensanglantées D'Hyacinthe etd'Ajax, plantées Près des lys sur sa bouche nez.

^Les marjolaines y fleurissent, L'amône y est continuel.

Et les lauriers , qui ne périssent Pour l'hyver, tant soit-il cruel; L'anis, le chevrefueil, qui porte

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La manne qui vous réconforte , Y verdoyé perpétuel.

Mais, je vous pri', gardez- vous bien^ Gardez-vous qu'on ne l'éguillonne :

Vous apprendrez bien tost combien Sa pointure est trop plus félonne, Et de ses fleurs ne vous soûlez Sans m'en garder, si ne voulez Que mon ame ne m'abandonne.

AU ROSSIGNOL(^6o).

Gentil rossignol passager, Qui t'es encor venu loger Dedans ceste coudre ramée , Sur ta branchette accoustumée , Et qui nuit et jour de ta vois Assourdis les mons et les bois , Redoublant la vieille querelle De Terée et de Philomele,

Je te supplie (ainsi tousjours Puisses jouir de tes amours) De dire à ma douce inhumaine, Au soir quand elle se promeine Ici pour ton nid espier, Qu'il n'est pas bon de se fier En la beauté ny en la grâce, Qui plustost qu'un songe se passe.

Dy-luy que les plus belles fleurs En janvier perdent leurs couleurs, Et quand le mois d'avril arrive Qu'ils revestent leur beauté vive; Mais quand des filles le beau teint Par l'âge est une foisesteint, Dy-luy que plus il ne retourne , Mais bien qu'en sa place séjourne

Au haut du front je ne sçay quoy De creux à coucher tout le doy; Et toute la face seichee Devient comme une fleur touchée Du soc aigu. Dy-luy encor Qu'après qu'elle aura changé l'or De ses blonds cheveux , et que l'âge Luy aura crespé le visage, Qu'en vain lors elle pleurera, Dequoy jeunette elle n'aura Prins les plaisirs qu'on ne peut prendre Quand la vieillesse nous vient rendre Si froids d'amours et si perclus, Que les plaisirs ne plaisent plus.

Mais , rossignol , que ne vient-elle Maintenant sur Iherbe nouvelle Avecques moy dans ce buisson ?

Au bruit de ta douce chanson, Je luy ferois sous la coudrette Sa couleur blanche vermeillette.

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