A MERCURE
Facond neveu d'Atlas, Mercure, Qui as pris le soin et la cure Des bons esprits sur tous les Dieux, Accorde les nerfs de ma lyre.
Et fais qu'un chant j'y puisse dire Qui ne te soit point odieux.
Honore mon nom par tes odes ; L'art qu'on leur doit, leurs douces modes, A ton disciple ramentoy.
Comme à celuy que Thebes vante Monstre-moy, ahn que je chante Un vers qui soit digne de toy.
Je garniray tes talons d'aiJes,
422 Odes
Ta capeline de deux belles; Ton baston je n'oubliray pas, Dont tu nous endors et reveilles.
Et fais des œuvres nompareilles , Au ciel , en la terre et là bas.
Je feray que ta main déçoive {Sans que nul bouvier l'apperçoive) Phœbus, qui suit les pastoureaux ^ Luy dérobant et arc et trousse, Lors que plus fort il se courrousse D'avoir perdu ses beaux toreaux.
Je diray que ta langue sage Apporte par l'air le message Des dieux aux peuples et aux rois, Lors que les peuples se mutinent, Ou lors que les rois qui dominent Violentent les sainctes loix.
Comme il me plaist de te voir ores Aller parmi la nuit encores.
Avec Priam , au camp des Grecs , Racheter par dons et par larmes La fleur des magnanimes armes, Hector, qui causa tes regrets!
C'est toy qui guides et accordes L'ignorant pouce sur mes cordes.
Sans toy, sourdes elles sont. Dieu; Sans toy, ma guiterre ne sonne; C'est par toy qu'ell' chante et résonne. Si elle chante en quelque lieu.
Fay que toute France me loue , M'estime, me prise, m'avoue Entre ses poètes parfaits.
Je ne sen point ma voix si basse Qu'un jour le ciel elle ne passe.
Chantant de son Prince les faits.