‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 146 sur 163 · A MICHEL PIERRE DE MAULEON · texte numérisé non relu

A MICHEL PIERRE DE MAULEON

PROTO NOTAIRE DE DURBAN (l^^o).

Je ne suis jamais paresseux A consacrer le nom de ceux Qui sont altérez de la gloire, Et nul mieux que moy, par ses vers, Ne leur bastit dans l'univers Les colonnes d'une mémoire.

Mauleon , tu te peux vanter, Puisque Ronsard te veut chanter, Que tu devanceras les aisles Du Temps, qui vole et qui conduit Volontiers une obscure nuict Aux vertus qui sont les plus belles.

Mais par où doy-je commencer Pour tes louanges avancer?

Ton abondance me fait pouvre, Tant la Nature heureux t'a fait Et tant le ciel de son parfait Prodigue vers toy se descouvre.

Certes, la France n'a point veu Un homme encore si pourveu Des biens de la Muse éternelle, Ne qui dresse son vol plus haut, Ne mieux guidant l'outil qu'il faut Pour nostre langue maternelle :

Car, soit en prose ou soit en vers, Minant maint beau trésor divers, Tu nous fais riches par ta peine, Industrieux à refuser Qu'un mauvais son vienne abuser Le goust de ton oreille saine.

Le ciel ne t'a pas seulement Elargi prodigaleraent

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Mille presens, mais d'avantage Il veut, pour te favoriser, Te faire vanter et priser Par les plus doctes de nostre âge.

Languedoc m'en sert de tesmoin.

Voire Venise , qui plus loin S'esmerveilla de voir la grâce De ton Paschal , qui , louangeant Les Mauleons, alla vengeant L'outrage fait contre ta race ,

Lors qu'au milieu des Pères vieux.

Dégorgeant le présent des dieux, Par les torrens de sa harangue Déroba l'esprit des oyans, Comme épies çà et là ployans Dessous le doux vent ae sa langue.

Liant, par ses mots courageux, Au col du meurtrier outrageux.

Une furie vengeresse, Qui, plus que l'horreur de la mort, Encores luy ronge et luy mord Sa conscience pécheresse.

Mais ny son style ny le mien Ne te sçauroient chanter si bien Que toy-mesme , si tu découvres Tes labeurs, escrits doctement, Par lesquels manifestement Le chemin du ciel tu nous ouvres :

Car toy, volant outre les cieux.

Tu as pillé du sein des dieux Le destin et la prescience, Et le premier as bien osé Avoir en françois composé Les secrets de telle science.

A REMY BELLEAU (1^60)

Donc, Belleau, tu portes envie Aux dépouilles de Tltalie, Qu'encores vous ne tenez pas; Et, t'armant sous le duc de Guyse, Tu penses voir broncher à bas Les murailles de Naples prise.

J'eusse plustost pensé les courses Des eaux remonter à leurs sources Que te voir changer aux harnois, Aux piques et aux harquebuses.

Tant de beaux vers que tu avois Receu de la bouche des Muses.

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