‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 148 sur 163 · DES ROSES PLANTÉES PREZ UN BLÉ · texte numérisé non relu

DES ROSES PLANTÉES PREZ UN BLÉ

Dieu te gard l'honneur du printemps Qui étens Tes beaux trésors sur la branche, Et qui découvres au soleil Le vermeil De ta beauté naïve et franche.

D'assez loin tu vois redoublé

Dans le blé Ta face , de cinabre teinte , Dans le blé qu'on voit réjouir

De jouir De ton image en son verd peinte.

Près de toy, sentant ton odeur,

Plein d'ardeur Je façonne un vers dont la grâce Maugré les tristes Sœurs vivra ,

Et suivra Le long vol des ailes d'Horace.

Les uns chanteront les œillets

Vermeillets, Ou du lis la fleur argentée, Ou celle qui s'est par les prez

Diaprez Du sang des princes enfantée.

Mais moy, tant que chanter pourray,

Je louray Tousjours en mes Odes la rose, D'autant qu'elle porte le nom

De renom De celle où ma vie est enclose.

A CASSANDRE (1550)

Nymphe aux beaux yeux, qui souffles de ta bouche Une Arabie à qui prés en approuche, Pour déraciner mon esmoy Cent mille baisers donne-moy.

Donne-les-moy, ça que je les dévore.

Tu fais la morte! il m'en faut bien encore;

Redonne-m'en deux milliers donc,

Et, sur tous, un qui soit plus long

Que n'est celuy des douces colombelles Prises au jeu de leurs amours nouvelles.

Ainsi , ma Cassandre , vivons,

Puis que les doux ans nous avons.

Incontinent nous mourrons , et Mercure Nous convoira sous la vallée obscure ,

Et guidera nos tristes pas

Au froid royaume de là bas,

Tenant au poing sa verge messagère, Crainte là bas de la troupe légère.

Si qu'aussi tost qu'aurons passé

Le lac neuf fois entrelassé.

Et que sur nous sa sentence imployable Aura jette le juge inexorable ,

Ne parens, ne dévotions ,

Ne rentes, ne possessions,

Ne fleschiront la cruche ne l'audace

Du nautonnier, si bien qu'il nous repasse,

Du nautonnier qui n'a souci

De pauvre ne de riche aussi. ■

Donc , cependant que l'âge nous convie De nous ébatre , égayons nostre vie ;

432 Odes

Ne vois-tu le temps qui s'enfuit, Et la vieillesse qui nous suit ?

A LA SOURCE DU LOIR (i^^o).

Source d'argent toute pleine , Dont le beau cours éternel Fuit pour enrichir la plaine De mon pays paternel ,

Sois hardiment brave et fiere De le baigner de ton eau :

Nulle françoise rivière N'en peut laver un plus beau,

Que les Muses éternelles D'habiter n'ont dédaigné.

Ne Phœbus, qui dit par elles L'art où je suis enseigné.

Qui dessus ta rive herbue Jadis fut énamouré De la nymphe chevelue , La nymphe au beau crin doré;

Et l'attrapa de vistesse Fuyant le long de tes bords.

Et là ravit sa jeunesse Au milieu de mille efforts.

Si qu'aujourd'huy d'elle encores Immortel est le renom Dedans un antre, qui ores Se vante d'avoir son nom.

Fuy doncques, heureuse source , Et, par Vendosme passant.

Retien la bride à la course Le beau crystal effaçant.

Puis salue mon la Haye Du murmure de tes flots :

C'est celuy qui ne s'essaye De sonner en vain ton los.

Si le Ciel permet qu'il vive, Il convoira doucement Les neuf Muses sur ta rive, Pleines d'esbahissement ,

De le voir seul dessus l'herbe, Remémorant leurs leçons, Faire aller ton flot superbe, Honoré par ses chansons.

Va donc , et reçoy ces roses Que je respan au giron De toy, source qui arroses Mon pays à l'environ.

Lequel par moy te supplie En ta faveur le tenir, Et en ta grâce accomplie , Pour jamais l'entretenir,

Ne noyant ses pasturages D'eau par trop se respandant , Ne defraudant les ouvrages Du laboureur attendant;

Mais fay que ton onde utile, Luy riant joyeusement, Innocente se distile Par ses champs heureusement.

Ainsi du Dieu vénérable De la mer puisses avoir Une accolade honorable, Entrant chez luy pour le voir.

A RENÉ D'URVOY. 'j^^Oj

Je n'ay pas la main apprise Au mestier muet de ceu.x Qui font une image assise Sur des piliers paresseu.x.

Ma peinture n'est pas mue, Ronsard. — il. 28

434 Odes

Mais vive, et par l'univers Guindée en l'air se remue Dessus l'engin de mes vers.

Aujourd'huy faut que j'atteigne Au parfaict de mon art beau :

Urvoy m'a dit que je peigne Ses vertus en ce tableau.

Muses, ouvrez-moy la porte De vostre cabinet saint, Afin que de là j'apporte Les traits dont il sera peint.

Si ma boutique estoit riche De hanaps ou vaisseaux d'or, Vers toy je ne seroy chiche Des plus beaux de mon thresor;

Et si te serois encore D'une main large baillant Le prix dont la Grèce honore Le capitaine vaillant.

Mais je n'ay telle puissance ; Tu n'en as aussi besoin :

Ta contente suffisance Les repousseroit bien loin.

Les vers sans plus t'éjouissent :

Mes vers doncq' je t'offriray ; Les vers seulement jouissent Du droit que je te diray.

Les colonnes eslevées, Ne les marbres imprimez De grosses lettres gravées, Ne les cuyYres animez ,

Ne font que les hommes vivent En images contrefaits , Comme les vers qui les suivent Pour tesmoins de leurs beaux faits.

Si la plume d'un poëte Ne favorisoit leur nom, La vertu seroit muette

Et sans langue le renom.

Du grand Hector la mémoire Fust jà morte, si les vers N'eussent empenné sa gloire Voletant par l'univers.

De mille autres l'excellence Et l'honneur fust abatu.

Tousjours l'envieux silence S'arme contre la vertu.

Les plumes doctes et rares Jusqu'au ciel ont envoyé, Arraché des eaux avares , Achille presque noyé.

C'est la Muse qui engarde Les bons de ne mourir pas, Et qui nos talons retarde Pour ne dévaler là bas.

La iviuse l'enfer desfie, Seule nous esleve aux cieux , Seule nous béatifie Ennombrés au rang des dieux.

Ode (i). (1560.)

Lors que Bacchus entre chez moy, Je sen le soin, je sen Tesmoy S'endormir, et ravi me semble Que dans mes coffres j'ay plus d'or, Plus d'argent et plus de thresor Que Mide' ny que Crœse ensemble.

Je ne veux rien sinon tourner Par la dance et me couronner Le chef d'un tortis de lierre;

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