D'UN ROSSIGNOL ABUSÉ
En may, lors que les rivières Des-enflent leurs ondes fieres De la nége de l'hyver, Et que l'on voit arriver Le beau signe qui r'assemble Les amoureux joints ensemble, Duquel la clarté naissant , Sur un bateau périssant, Le vent se couche, et la mer Rengorge son flot amer, Le marinier soucieux Prenant un front plus joyeux.
Donc, au retour de ce temps Que tout rit sous le printemps, Le rossignol passager Estoit venu r'assieger ' Sa forteresse ramée , De son caquet animée ; Là , soit qu'il voulust chanter Amour ou le lamenter.
S'assit, si l'antiquité Chenue dit vérité.
Sur un buis, dont s'escartoit
Un ruisseau qui clair partoit, Chantant de voix si sereine, Si gaye , si souveraine , Que les chesnes bien oyants , Et les pins en bas ployants Leurs oreilles pour Touyr S'en voulurent resjouyr.
Geste nymphe sonoreuse Du fier entant amoureuse, Jusqu'au ciel le chant rapporte Redoublant la voix de sorte Que les rochers d'eaux lavez Et leurs pieds d'elle cavez , Le ciel feirent assez seur De la champestre douceur.
Mais luy, qui escoute un son Tout semblable à sa chanson, Puis voyant son ombre vaine Remirée en sa fontaine, Pense que son ombre estoit Un oiseau qui mieux chantoit.
Amour de gloire obstinée Avec toute beste née , Voulant demeurer le maistre Et de soy le vainqueur estre.
Plus haut que devant il sonne, Plus haut le bois en resonne.
Il dit et chante comment Il fut tesmoin du tourment Que la jalouse receut Sous feint nom qui la deceut; Et comme le chevalier Au javelot singulier Se pasma dessus la face Que desja la mort efface, Appellant plustost les dieux Et les astres odieux, Plustost avecque grands cris
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Comblant l'air de sa Procris,
Despitoit le nom semblable,
Et le vent du fait coulpable.
Il vouloit encore dire
De Clytie le martire,
Lors que les nymphes des bois.
D'aise ne tenant leurs vois,
A se mocquer commencèrent ,
Et le mocquant l'offensèrent.
Luy, qui a bien apperceu ,
Les oyant , qu'il est deceu ,
Teignit, tant ire le donte,
Ses joues d'honneste honte;
Si que, rompant viste en l'air.
Le vuide par son voler,
Tellement se disparut,
Qu'onques puis il n'apparut.
Qui est mieux semblable à toy,
Petit rossignol , que moy ?
Tous deux des nymphes ensemble
Sommes trompez, ce me semble ,
Toy de ton chant , moy du mien :
Ainsi nous nuit nostre bien.
Car vers , ne chansons escrites ,
Ne rimes , tant soient bien dites,
N'ont rompu la cruauté
D'une de qui la beauté
Me lime jusques au fond
Le cœur, qui en flammes fond.
Mais, ô déesse dorée.
Des beaux amans adorée ,