Livre-la-moy quelcjue jour
Dedans un lit à séjour,
Afin au'eir me baise et touche,
Qu'en' me mette dans la bouche
Je ne sçay quoy, dont Envie
Ait despit toute sa vie ;
Qu'ell' me serre, qu'ell' m'enchesne
Comme un lierre le chesne , Ou la vigne les ormeaux) Mon col de ses bras jumeaux.
A GASPAR D'AUVERGNE, i^^o.)
Çj ue tardes-tu , veu que les Muses
^^^T'ont eslargi tant de sçavoir.
Que plus souvent tu ne t'amuses A les chanter, et que tu n'uses De l'art qu'elTs t'ont fait recevoir ?
Tu as le temps qu'il faut avoir, Repos d'esprit et patience, Doux instrument ae la scie-nce ; Et toutefois l'heure s'enfuit D'un pied léger et diligent, Sans que ton esprit négligent Face apparoistre de son fruit.
On ne voit champ, tant soit fertil , S'il n'est poitry du labourage , Qu'à la fin ne vienne inutil , Voire , et le champ joignant fut-il Du Nil reg>'ptien rivage.
Tant soit un cheval de courage , Et coustumier à surmonter, S'on est long-temps sans y monter Il devient rosse et fort en bride ; Ainsi des Muses l'escrivain , S'il les délaisse, helas! en vain Il les invoque après pour guide.
L'orfèvre de tenir n'a honte Les instrumens de son mestier, Son plaisir sa peine surmonte , Tellement qu'il feroit grand conte Estre oisif un jour tout entier ;
Ton art le passe d'un quartier.
^ Quoi ! voire du tout , ce me semble ; Toutefois , encre et plume ensemble Tu crains, paresseux à toucher.
D'oresnavant escry , compose :
La louange pour peu de chose S'achette, et qu'est-il rien plus cher}
Mainte ville jadis puissante Est ores morte avec son nom , Ensevelie et languissante, Et Troye est encor florissante, Comme un beau printemps en renom ; Bien d'autres rois qu'Agamemnon Ont fait reluire leur vertu ; Et si sont morts, car ils n'ont eu Un Homère, qui mieux qu'en cuivre, En médaille , en bronze ou tableau, Les eust arrachez du tombeau , Faisant leur nom vivre et revivre.