DIALOGUE DES MUSES ET DE RONSARD
Ronsard.
Pour avoir trop aymé vostre bande inégale. Muses, qui défiez (ce dites vous) les temps, J'ay les yeux tout battus, la face toute pasle. Le chef grison et chauve , et je n'ay que trente ans.
4^ Odes
Muses.
Au nocher gui sans cesse erre sur la marine Le teint noir appartient; le soldat n'est point beau Sans estre tout poudreux; qui courbe la poitrine Sur nos livres, est laid s'il n'a pasle la peau.
Ronsard.
Mais quelle recompense aurois-je de tant suivre Vos danses nuict et jour, un laurier sur le front? Et cependant les ans aux quels je deusse vivre En plaisirs et en jeux comme poudre s'en vont.
Muses.
Vous aurez, en vivant, une fameuse gloire. Puis, quand vous serez mort, votre nom fleurira. L'âge, de siècle en siècle, aura de vous mémoire; Vostre corps seulement au tombeau pourrira.
Ronsard.
0 le gentil loyer! Que sert au vieil Homère, Ores qu'il n'est plus rien, sous la tombe, là bas, Et qu'il n'a plus ny chef, ny bras, ny jambe entière, Si son renom fleurist, ou s'il ne fleurist pasl
Muses.
Vous estes abusé. Le corps dessous la lame Pourry ne sent plus rien, aussy ne luy en chaut. Mais un tel accident n'arrive point à l'ame. Qui sans matière vist immortelle là haut.
Ronsard.
Bien! je vous suyvray donc d'une face plaisante,
Deussé-je trespasser de l'estude vaincu, Et ne fust-ce qu'à fin que la race suyvante Ne me reproche point qu'oysif j'aye vescu.
Muses.
Vêla saigement dit. Ceu.x dont la fantaisie Sera religieuse et dévote envers Dieu Tousjours achèveront quelque grand'poésie, Et dessus leur renom la Parque n'aura lieu.
Ode (1^67).
Si tost, ma doucette Ysabeau , Que l'aube, à tes yeux ressemblable , Aura chassé hors de Testable Parmy les champs nostre troupeau ,
Au marché porter il me faut (Ma mère Jeanne m'y envoyé) Nostre grand cochon et nostre oye , Qui le matin crioit si haut.
Tu veux que j'achette pour toy Une ceinture verdelette Et une bague joliette, Pour en orner ton petit doy.
Tu veux l'epinglier de velours Et une bourse toute telle Qu'a Toinon la sœur de Michelle, Qui vient aux champs avecque nous.
Bien; à mon retour du marché Tu les auras, pourveu , bergère.
Qu'au premier somme de ta mère.
Quand le mastin sera couché,
Tu viennes quérir tes présents
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Dessous la coudre où je t'attends.
Tu sçais où elle est, mignonette.
Mais vien, mon cœur, toute seulette.
ODELETTE (i^éo).
'ay-toy, babillarde arondelle, Ou bien je plumeray ton aile, Si je t'empoigne, et d'un cousteau Je te couperay ta languette, Qui matin sans repos caquette, Et m'estourdit tout le cerveau.
Je te preste ma cheminée Pour chanter, toute la journée.
De soir, de nuict, quand tu voudras; Mais au matin ne me resveille Et ne m'oste, quand je sommeille.
Ma Cassandre d'entre les bras.