‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 17 sur 163 · La métaphysique · texte numérisé non relu

La métaphysique

S- Car ceste vieille déesse est là haut aux cieux et aux dieux ce que la justice est icy bas aux hommes en la terre. (R.)

Premier livre. 47

Déjà tout colère il semble Que sa main tente les armes, Et qu'au milieu des alarmes Jà desdaigne les dangers; Et, servant aux siens de guide, Vainqueur, attache une bride Aux royaumes estrangers.

Epodc.

Le Ciel , qui nous l'a donné Pour estre nostre lumière , Son empire n'a borné D'un mont ou d'une rivière.

Le destin veut qu'il enserre Dans sa main toute la terre , Seul roy se faisant nommer, D'où P'hébus les Indes laisse, Et d'oii son char il abbaisse Tout panché dedans la mer.

A MADAME MARGUERITE Duchesse de Savoie, sœur du Roy Henr}' II ()

Ode IV. — Strophe i.

Il faut aller contenter L'aureilie de Marguerite, Et en son palais chanter Quel honneur elle mérite.

Debout, Muses, qu'on m'attelle

I . Geste princesse a combatu l'ignorance de son temps et a merveilleusement advancé l'hoiineur des lettres. (R.)

48 Odes.

Vostre charrette immortelle, Afin qu'errer je la face Par une nouvelle trace, Chantant la vierge autrement Qu'un tas de rimeurs barbares Qui ses louanges si rares Luy souilloient premièrement.

Antistrophe.

J'ay sous l'esselle un carquois Gros de flèches nompareilles, Qui ne font bruire leurs vois Que pour les doctes aureilles.

Leur roideur n'est apparente A telle bande ignorante Quand une d'elles annonce iPhonneur que mon arc enfonce.

Entre toutes j'esliray La mieux sonnante, et de celle Par la terre universelle Ses vertus je publiray.

Epode.

Sus, ma Muse, ouvre la porte A tes vers plus doux que le miel , Afin qu'une fureur sorte Pour la ravir jusqu'au ciel.

Du croc arrache la lyre Qui tant de gloire t'acquit, Et vien sur ses cordes dire Comme la Vierge nasquit.

Strophe l'i.

Par un miracle nouveau.

Un jour Pallas de sa lance

Premier livre. ^ç)

Ouvrit le docte cen-eau De François, seigneur de France.

Alors , estrange nouvelle !

Tu nasquisde sa cervelle, Et les Muses, qui là furent, En leur giron te receurent.

Mais, quand le temps eut parfait L accroissance de ton âge, Tu pensas en ton courage ' De mettre à chef un grand fait.

Antistrophe.

Tes mains s'armèrent alors De rhorreur de deux grand's haches , bous un beau harnois de cors Tout l'estomach tu te caches; Une menassante creste Flotoit au haut de ta teste Refrappant la gueule horrible Dune Méduse terrible :

Ainsi tu allas trouver Le vilain monstre Ignorance, Qui souloit toute la France Dessous son ventre couver.

Epode.

L'ire qui la beste eslance ^n vain irrita son cœur, Poussant son mufle en défence Encontre ton bras vainqueur - Larle fer prompt à l'abbatre En son ventre est ja caché.

Et ja trois fois , voire quatre Le cœur luy a recherché.

Ronsard. — ii.

50 Odes.

Strophe m.

Le monstre gist estendu , L'herbe en sa piaye se souille ; Aux Muses tu as pendu Pour trophée sa despouille; Puis, versant de ta poitrine Mainte source de doctrine, Aux François tu fis cognestre Le miracle de ton estre (•).

Pour cela je chanteray Ce bel hymne de victoire , Et sur l'autel de Mémoire L'enseigne j'en planteray.

Antistrophe.

Mais moy, ^ui suis le tesmoin De ton loz qui le monde orne, Il ne faut ruer si loin Que mon train passe la borne.

Frappe à ce coup Marguerite Par le but de son mérite , Qui luit comme une planette Des flots de la mer brunette.

Répandons devant ses yeux Ma musique tousjours neuve Et le nectar dont j'abreuve Les honneurs dignes des cieux,

Epode.

Afin que la nymphe voye

1 . Car à la vérité ce fut chose estrange de voir sous ceste princesse, et sous le grand roy François son père, les esprits ramenez tout à coup de l'ignorance au sçavoir, et par sa faveur un siècle d'hommes doctes qni parurent en toutes sciences. (R.)

Premîer livre.

Que mon luth premièrement Aux François monstra la voye De sonner si proprement , Et comme imprimant ma trace Au champ attiq' et romain , Callimach, Pindare, Horace, Jedéterray de ma main.

A CHARLES Cardinal de Lorraine.

Ode V. — Strophe i.

(j uand tu n'aurois autre ^race ^<^Ny autre présent des cieux .

Sinon sortir de la race

De tant de roys tes aveux ,

J'aurois encor trop de lieux

Pour te bastir une gloire :

Car, si je veux raconter

De ton grand Buillon l'histoire,

Qui peust les Turcs surmonter (')

Par une heureuse victoire,

Ou la fameuse mémoire

De ses frères [2], ou les rois

Tes ayeux , dont la Sicile

A leur obéir docile ,

Escouta les sainctes lois;

I. Soubs le pape Urbain II, autheur de la croisade à 3 suscjtation de Piene l'Hermite , en l'an . 099. Et gSov de Buulon en fut déclaré chef, combien qu'alors il n'eus autre quahte que de seigneur de Boulongne sur la mer ?R ) ''' rieuse erifrl'! ^'^^^'^'J^issa après soy une succession gloîu'royale '^.) " ""'""' ^" ^"^ ^""''^

Ode s.

Anîistrophe.

Leur nom , qui le temps surmonte , Te feroit seul immortel ; Mais ta vertueuse honte Rougiroit d'un honneur tel.

Je te veux faire un autel, Où, maugré l'an, qui tout mange, Ton propre los je peindray D'une encre qui ne se change, Et là ce vœu je pendray, Qui au pèlerin estrange Racontera ta louange, Et la vertu oui reluit Par les ans de ta jeunesse, Comme l'or sur la richesse, Ou la lune par la nuict.

Epode.

Tout l'honneur qui seul en France Du sein des dieux s'escoula, Pour illustrer ton enfance , Dessus ton front s'en-vola.

Et depuis s'est planté là.

Doncques, prélat de bon-heur.

Qui tiens le sommet d'honneur, En qui nostre roy contemple Des vertus le vray exemple.

Sois content d'un si grand bien, Et ne souhaitte plus rien :

Car toy, qui ta vie arroses Du miel des heureuses choses, D'avantage, à qui je donne Une louange si bonne Qui te célèbre en tout heu, Cesse de plus rien attendre

Premier livre. ^5

Et ne vueilles point apprendre A te faire un nouveau Dieu

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