Du docte Michel de l'Hospital
Premier LIVRE, 87
Et , mignon des Grâces , chanter Mon Francion sus vostre lyre.
Antistrophe.
Elles, trenchant les ondes bleues, Vindrent du creux des flots chenus, Ainsi que neuf petites nues, Parmi les peuples incognus ; Puis, dardant leurs fiâmes subtiles, Du premier coup ont agité Le coeur prophète des sibylles Espoint de leur di\inité ; Si bien que leur langue comblée D'un son douteusement obscur, Chantoit aux hommes le futur D'une bouche toute troublée.
Epode.
Après, par tout l'Univers Les responses prophétiques De tant d'oracles antiques Furent écrites en vers; En vers se firent les lois, Et les amitiez des rois Par les vers furent acquises; Par les vers on fit armer Les cœurs, pous les animer Aux vertueuses emprises.
Strophe XV 11.
Au cri de leurs saintes paroles Se réveillèrent les devins , Et disciples de leurs escoles Vindrent les poètes divins :
Divins , d'autant que la nature
88 Odes.
Sans art librement exprimoient,
Sans art leur naïve escriture
Par la fureur ils animoient.
Eumolpe (i) vint, Musée (2), Orphée,
L'Ascrean, Line (5), et cestuy-là
Qui si divinement parla ,
Dressant à la Grèce un trophée (4).
Antistrophe.
Eux , piquez de la douce rage Dont ces filles les tourmentoient, D'un démoniaque courage Les secrets des dieux racontoient :
Si que , paissant par les campagnes Les troupeaux dans les champs herbeux , Les démons et les sœurs compagnes La nuict s'apparoissoient à eux ; Et loin sus les eaux solitaires , Carolant en rond par les prez , Les promouvoient prestres sacrez De leurs saincts orgieux mystères.
Epode.
Apres ces poètes saincts , Avec une foule grande Arriva la jeune bande
1. Excellent homme athénien, duquel fut fils Musée, qui le premier de tous escrivit de la génération des dieux et inventa la sphère. ^R.)
2. Duquel nous n'avons point d'oeuvres. Et le poème des Amours de Leandre n'est pas de luy. (R.)
5. Docte Thebain, fils de Mercure etd'Uranie, qui a traitté quasi de toute la nature. (R.)
4. Homère. Son Iliade et son Odyssée, le trophée de la victoire de tous les esprits , parce qu'il n'y a rien de pareil entre les escrits des hommes. (R.)
Premier LIVRE. 89
D'autres poètes humains Degenerans des premiers :
Comme venus les derniers, Par un art melancholique Trahirent avec grand soin Les vers esloignez bien loin De la saincte ardeur antique.
Strophe XVIII.
L'un sonna l'horreur de la guerre Qu'à Thebes Adraste conduit '^i', L'autre comme on tranche la terre, L'autre les flambeaux de la nuict ; L'un sur la flûte départie En sept tuyaux siciliens Chanta les bœufs [2) ; l'autre en Scythie Remena les Thessaliens (?}; L'un fit Cassandre furieuse (4), L'un au ciel poussa les debas Des roys chetifs (5;, l'autre plus bas Traina la chose plus joyeuse [^].
Antistrophe.
Par le fil d'une longue espace, Après ces poètes humains Les Muses soufflèrent leur grâce Dessus les prophètes romains ;
1. Une Thebaide: car Pausanias, dans ses Bœotiques, en fait mention, sans dire le nom de l'autheur. R.)